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MERS MORTES : magnifique !

L’apocalypse a frappé notre planète… l’apocalypse écologique. Conséquence du réchauffement climatique, la croûte terrestre s’est fendue, engloutissant en très peu de temps l’ensemble des mers et océans. Fini le cycle de l’eau, donc la pluie. Le sol est devenu aride, peu d’animaux et sans doute encore moins d’humains ont survécu.

Isolés les uns des autres, des communautés survivent autant qu’ils le peuvent au-dessus de rares nappes phréatiques. Une vie d’autant plus difficile qu’à intervalle régulier, le spectre de la mer défunte déferle avec ses asphyxiantes illusions de profondeurs, mais surtout sa faune fantomatique qui se nourrit des âmes des vivants.

Oural vit dans un de ces « sanctuaires » avec pour amie et garde du corps la farouche Sélène. Garde du corps, car il possède le précieux don d’être un exorciste et donc de pouvoir protéger autant qu’il le peut la communauté de ces marées destructrices. Une position qui a ses privilèges même si parfois il rêve d’autre chose.

Pourtant sa vie va se jouer en quelques heures, lorsqu’un navire improbable tenant plus du Hollandais Volant que d’un navire de plaisance surgit, porté par la mer morte et ses voiles bien sinistres. Bengale, son capitaine débarque avec ses troupes dans le bastion avec pour seul but celui de s’approprier un nouvel Exorciste afin de poursuivre sa mystérieuse mission. Distant et déterminé, il est prêt à tout pour la réaliser comme en témoigne le sang qu’il porte en lui.

 

Que dire sur ce nouveau roman d’Aurélie Wellenstein qui ne semblerait ni exagéré, ni de parti-pris ? Rien, car j’ai plus qu’adoré ce roman et ma note de 5 sur 5 que je lui mets et bien fade par rapport à la qualité de ce livre.

 

L’autrice a l’habitude de nous entraîner dans des mondes à la fois originaux et sombres (Le Roi des Fauves ou Le Dieu Oiseau). L’espoir y est souvent qu’une goutte dans le désert ; une image qui prend encore plus son sens ici. Malgré la noirceur qui règne dans ce roman, il n’est pas dénué d’humanité avec des personnages rudes, mais attachants. Si Oural et Bengale en sont de très bons exemples, l’équipage l’est tout autant. L’autrice prend le temps, aux bons moments, de nous brosser le portrait et le rude passé de certains d’entre eux. Si Amazone et Arctique ont droit à ce traitement, elle nous dévoile les autres par touches suffisantes pour nous les attacher.

L’imaginaire est là. Que ce soit le monde, le Nagflar, Trellia, les spectres, les exorcistes et leurs dons variés ou les marées aux multiples aspects, tout est riche et original. Du neuf qu’elle nous serre avec brio.

 

Car, il faut aussi reconnaître, que l’écriture d’Aurélie est à la fois belle, pertinente et efficace. Elle sait construire son histoire, la découper, la faire progresser dans un allant nécessaire et suffisant, sans chercher à en faire trop. La juste mesure. Sa plume est tout aussi efficace, sachant mener l’action, mais aussi peindre les sentiments ou brosser l’ambiance et l’atmosphère. Sa marée spectrale se répand sur les pages comme taches d’encre, ses créatures chtuliennes sont à la fois sensibles et horrifiques et les odeurs s’échappent des lignes pour envahir nos narines. Nous avons le sang en bouche, l’horreur au cœur. Chaque phrase imprime des images à l’esprit du lecteur. Magnifique.

 

Une écriture dont elle se sert pour son histoire, mais aussi pour le message qu’elle porte. Mers Mortes n’est pas un simple titre, c’est aussi un pamphlet écologique contre les abus de l’homme, nos abus vis-à-vis de la mer nourricière. Les cauchemars d’Oural nous font revivre avec horreur les massacres commis contre la faune océanique, mais aussi contre la mer elle-même. La lecture en devient amère et coupable.

L’autrice nous rappelle les faits et nous alerte aussi sur les conséquences d’une catastrophe écologique et en particulier sur l’immigration de réfugiés climatiques que cela va engendrer avec les choix que nous aurons à faire face à celle-ci.

Il est possible de reprocher à Aurélie Wellenstein l’irréalisme scientifique de son apocalypse ou encore son humanisation excessive des sentiments des animaux marins, y compris des mammifères. Certes il y a là hyperboles. Néanmoins ces exagérations fictionnelles sont nécessaires au récit et à la force évocatrice de celui-ci face aux désastres déjà annoncés que ce soient la surpêche ou la pollution des océans. N’est-ce pas là la force de la fiction sur le récit réaliste ? Très certainement et l’autrice l’utilise avec justesse.

 

Vous l’aurez vu j’ai tenté d’éviter les superlatifs, mais ce fut difficile tant j’ai aimé ce roman dans son ensemble. Si cela été dans mon caractère, en tant qu’auteur je serais presque jaloux d’un tel talent. Mais bien au contraire, cette qualité me donne foi, me motive (car parfois c’est nécessaire face aux difficultés de cette passion), mieux me nourrit et m’inspire.

 

Je n’oublie pas la sublime couverture d’Aurélien Police parfaitement en adéquation avec le roman, son ambiance et son thème. Elle aussi est très évocatrice et encore plus parlante dès que l’on commence à lire Mers Mortes. Bravo.

 

Pour terminer, je dirai juste que ce livre est aux Éditions ScriNeo et par remercier Babélio qui me l’a proposé en lecture.

MERS MORTES : magnifique !
Tag(s) : #Chronique Littérature
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