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Le TRANSPERCENEIGE / SNOWPIERCING

Le Transperceneige est une uchronie dystopique… bref un futur proche (2031) reposant sur un « présent » alternatif (car improbable) loin d’un monde idéal d’une utopie… Ce que j’aimerai qualifier plus simplement de dyschronie (contraction des deux précédents) si ce néologisme existait…. Je l’invente donc, le voilà marque déposée.

              

Pour lutter contre le réchauffement climatique, les différents gouvernements se sont unis et ont propulsé dans l’air de quoi refroidir l’atmosphère.  Le calcul était mauvais puisque c’est une ère glaciaire qui ai tombé sur le monde, ravageant la planète et anéantissant toute la population, sauf celle du Transperceneige.

Ce train à la technologie fantastique circule en boucle sur un circuit fermé qui traverse l’ensemble des continents. Il est capable de briser neige et glace et de résister au froid mortel de l’extérieur tant qu’il est en mouvement. Mieux il est autosuffisant et contient tout ce qu’il faut pour faire vivre les « heureux » élus qui ont pu s’y réfugier.

A bord une société dualiste s’est organisée sous l’égide du mystérieux Wilford (Ed Harris) créateur de ce train visionnaire qui, semble-t-il avait envisagé cette catastrophe. A l’avant, les opulents vivent dans un luxe certain et aussi dans une dépravation décadente. A l’arrière, les survivants entassés dans ce qui devaient être des wagons marchandises, nourris à base de barres énergétiques, cohabitent dans la crasse et la promiscuité.

Ces derniers sont régulièrement comptés et parfois l’un d’eux est élu pour aller vers l’avant s’il présente un quelconque talent pouvant intéresser la haute bourgeoisie du train. Pire, parfois c’est un des enfants qui est enlevé à ses parents pour un usage mystérieux… sans espoir de retour.

Dans une telle société inégalitaire et totalitariste, la queue du train ne peut que fomenter une révolte sous la double égide de Curtis (Chris Evans) et de Gilliam (John Hurt). Ils veulent remonter le train pour arriver jusqu’à Wilford et le faire plier. Pour parfaire leur plan, ils auront besoin de Namgoong Minsoo (Song Kang-Ho), seul capable de forcer les portes successives mais prisonnier et accroc à la drogue.

Le combat vers l’avant commence.

                     

Mon avis sur le film est mitigé.

Ce qui m’attirait dans ce film avant toute chose était cette discussion sociale d’une société à l’organisation tyrannique, non pas féodale, mais moderne, reflétant « exagérément » un système capitaliste libérale totalitariste (des mots mis les uns à côté des autres qui fâchent) ; principe que l’on retrouve sous une autre forme dans Hunger Games (très bon), actuellement à l’écran.

Hélas le Transperceneige n’entre pas dans ce débat politico-social, et se contente d’exposer un état de fait, certes apte à faire réfléchir ceux qui le voudront bien, mais sans plus.

                     

En toute bonne conscience, Wilford pense « bien faire ». La survie de ce groupe réside en l’équilibre fragile entre les capacités alimentaires (il y a des serres et des élevages dans le Transperceneige), l’espace disponible et la densité de population qui doit être régulée. Le Transperceneige est un monde fini, un microcosme qui n’est pas sans rappeler notre propre macrocosme lui aussi fini et limité qu’est notre planète (message écologique qui n’est pas évoqué dans le film). Finalement, Wilford n’a jamais pensé (ou voulu penser) a un système égalitaire où tous partageraient équitablement l’ensemble des denrées, charges et devoirs pour survivre – en clair une utopie marxiste qui nécessite que chacun se débarrasse un peu de son égo et de sa volonté égoïste d’en avoir plus que l’autre. Des instincts qui dans de telles circonstances devraient pourtant pouvoir s’effacer plus facilement, mais il y en a toujours qui veulent dominer les autres.

Je regrette que cette hypothèse ne soit jamais discutée, ni même envisagée et que finalement, la révolution n’est pour base que… la révolution, ou plutôt le « je ne veux plus être traité ainsi ». Et ensuite ? Prendre le pouvoir pour en faire quoi ? La même chose en inversant les rôles ?

            

Ni Giliam, ni Curtis n’envisagent l’après, ils sont juste dans l’action. Curtis refuse même d’être reconnu comme un leader.

D’où la grande question : le « manque de » charisme de Chris Evans ( ?). Il joue un personnage torturé, meneur de fait, mais sans ambition, ni projet. Personnellement (et contrairement à de nombreuses critiques), je trouve que Chris Evans donne du charisme à Curtis dans la première partie du film - genre leader naturel (et sans bouclier) - même s’il est parfois trop larmoyant. Toutefois, en particulier lors de la confrontation finale avec Wilford, Curtis / Evans n’est pas à la hauteur du meneur qu’il est censé être devenu lors de ce parcours. A ce stade le personnage ne semble avoir été que les muscles de la révolte et Giliam la tête. A la décharge de Curtis, les vérités assénés par Wilford ont de quoi le désarçonner, tout comme elle surprend les spectateurs – un bon point pour le film. Reste qu’Evans aurait pu apporter un peu plus de force à Curtis et moins d’apitoiement.

Pour ce qui est du jeu des autres acteurs, rien à redire. Ed Harris est parfait tout comme qui Tida Swinton tient le haut du pavé avec le personnage de Mason. Un peu plus de réserve sur Ko Asung (Yona) trop neutre et sur le casting  du « garde du corps, plus fort que la mort » qui aurait été mieux en grosse baraque décérébré qu’en quarantenaire. Et notons l'apparition de Billy Elioth... pardon Jamie Bell dans le rôle d'Edgar.

                       

Etonnement, c’est la partie que je craignais le plus qui m’a emporté le plus, c'est-à-dire le côté cinéma d’action auquel se résume une grande partie du film et que le réalisateur Bong Joon Ho maîtrise.  Après une mise en place des plus intéressantes de l’univers des miséreux du train, la révolte et la violence (interdit au moins de 12 ans) nous entraine dans le tourbillon du combat entrecoupé de quelques découvertes. Ce dynamisme retombe ensuite lorsque le groupe commence à traverser les wagons « aisés », surprenant à peine leurs occupants par leur présence incongru dans cette partie du train. Je dois dire que la scène de l’école plante définitivement le décor de la dichotomie extrême qui règne au sein du Transperceneige.

Si ces passages nous en apprennent beaucoup sur l’origine et le fonctionnement du train, ils ralentissent le rythme TGV du film en omnibus, nous déconnectant un temps de l’ambiance globale.

                     

Le pré-final avec les révélations de Wilford est suffisamment inattendu pour enrichir un scénario assez linéaire même si le monde est pensé et riche. Quant au final en lui-même et ses conséquences, impossible d’en parler sans le dévoiler. A mon sens, c’est une impasse et pas un espoir….

                          

Le Transperceneige revisite le post-apocalyptique dans en un univers riche, et présente une contre-idéologie politique (même si elle n’est pas débattue), le tout soutenu par une action à densité variable.

Malgré l’ensemble de ces bons points, quelques éléments cassent un peu ceux-ci et réduisent le Transperceneige à un film correct, agréable, mais pas mémorable. Le manque de projet de Curtis et son effondrement moral face à Wilford y sont sans aucun doute pour beaucoup ainsi que le final surprenant mais qui me semble mener à rien ; « tout ça pour ça pourrait-on dire ».

 

En tout cas l’ensemble, y compris ce pied de nez final de l’auteur m’ont donné l’envi irrésistible de découvrir la BD française dont est inspiré le film qui vient de ressortir en un album intégral.

                         

Tag(s) : #Chronique Cinéma
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