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Le NOE d'Aronofsky

 

     Qui ne connait pas l’histoire biblique de Noé ?

     Rappelons que le premier couple Adam et Eve, après avoir été chassé du Paradis Terrestre suite au Péché originel ont eu 3 fils Caïn, Abel (qui sera tué par Caïn) et Seth. Noé descend de Seth (9 génération plus tard).

     Selon l’Ancien Testament (Genèse, chapitre 7 à 9), face à la déchéance et la vilénie de l’homme, Dieu décide d’exterminer l’humanité en la noyant sous un déluge qui recouvrira l’ensemble des terres. Mais dans sa grande mansuétude, il décide  d’épargner un couple de chaque animal (en fait 7 des races « pures ») ainsi que Noé, sa femme, ses trois fils et leur femme. Noé construit une arche en 7 jours, subit les 40 jours de pluie puis plus de 8 mois de décru avant de s’échouer sur le mont Ararat. Il libère les animaux, en sacrifie une partie à Dieu qui décide de ne plus jamais punir ainsi l’humanité, reconnaissant que « les pensées du cœur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse ». A la première vendange, Noé saoul aurait été retrouvé nu par son cadet Cham alors que ses autres frères ont détourné le regard de cette nudité. Noé en apprenant cela maudit la descendance de Cham alias Canaan.

       Noé est donc considéré par les catholiques comme un Patriarche et l’ancêtre de toute l’humanité (tout comme Seth par extension). Pour les musulmans, il n’est qu’un prophète au même titre que Jésus.

                                            

     Darren Aronofsky part de cette liturgie, peu développée dans l’Ancien Testament et s’en inspire librement, tout d’abord pour en faire un BD avec Hendel et Herrichon (chez Le Lombard) puis pour aboutir à un film ambitieux qui, disons-le, ne plaira sans doute pas à tout le monde, croyant ou non.

     Il introduit dans l’histoire des éléments qui ne me semblent pas issu de l’histoire de Noé selon l’Ancien Testament (mais je ne suis pas un spécialiste).

          

     Ainsi, il met en scène des anges déchus, magnifiques monolithes de pierre maladroits, loin de leur somptuosité lumineuse d’antan.

     Il impose les descendants de Caïn comme une tribu nourrie par le Mal qui sommeille en eux. Une communauté qui s’est multipliée, ravageant la terre (limité au continent alors unique de Pangée), épuisant ses ressources vitales et énergétiques. Un propos clairement écologiste qui met en parallèle notre civilisation aux exactions des fils de Caïn, menant à une destruction annoncée de notre planète. L’armée de Caïn, menée par Tubal-Caïn (Ray Winstone) s’opposera à Noé (Russel Crowe) et ses alliés pour la possession de l’Arche. Un affrontement pas très biblique.            

           
 

   Le réalisateur modifie aussi l’histoire des enfants de Noé, Shel (Douglas Booth), Japheth (Leo McHugh Carroll) et surtout celle du cadet Ham (Logan Lerman). Ham, le fils « maudit » devient un jeune homme torturé entre sa foi, le respect de son père et son désir de devenir un homme en prenant femme. Notons au passage la belle interprétation  de Logan Lerman qui a bien progressé dans son jeu depuis son rôle de Percy Jackson.                 
 

   A bien y regarder, les acteurs tiennent tous leur place. Même Emma Watson (Ila) que nous avons connu en Hermione Granger s’en sort avec honneur, en particulier dans le registre dramatique teinté de force morale. Belle prestation également de Jennifer Connely dans le personnage de Naameh, épouse de Noé, entre femme dévouée à son mari et femme forte derrière ou contre l’homme.

 

     Enfin dans le registre, brillante interprétation, la palme revient à Russel Crowe qui doit composer avec un personnage déchiré par les choix destructeurs qui lui sont imposés par le Créateur qui ne peuvent que peser sur sa conscience. Plusieurs scènes nous font ressentir ce poids qui l’accable.

                      

     Hors toute considération de fidélité à la Bible, le film « Noé » est d’une très belle réalisation, à la hauteur du sujet.

     J’ai particulièrement apprécié l’intemporalité choisie de l’histoire. Dès le début, les repères sont brouillés par Darren Aronofsky. Passé lointain ou futur post apocalyptique ? Il renforce ainsi le propos écologiste et le parallèle avec l’évolution actuelle de l’humanité.

       

     Les scènes fortes et symboliques (le péché originel, le meurtre d’Abel) sont puissantes et récurrentes, soulignées par la musique marquante de Clint Mansel qui renforce l’émotion.

     La barbarie des enfants de Caïn, la violence de leur assaut et la puissance du Déluge de la scène sur le rocher (digne de l’Enfer de Dante) ou le hurlement des sacrifiés sont autant de moments forts qui vous prennent aux tripes.

           

     Bien entendu, « Noé » est un film riche de symbolismes, mais aussi porteur d’un message religieux avec de nombreuses références au Créateur et à une obéissance aveugle envers celui-ci, même si, comme le montre la scène de la fin du déluge, les signes qu’il nous envoie peuvent être sujets à différentes interprétations.

     C’est un des points qui peut déplaire aux athées allergiques à ce type de discours. Le traitement du Créateur vengeur et intransigeant, un Noé jusqu’au-boutiste, ou les ajouts à la Genèse pourront, quant à eux, choquer les croyants, sans même parler des musulmans pour lesquels Noé est bien différent. Autant dire que le traitement du sujet par Darren Aronofsky ne fera pas l’unanimité, loin de là.

     Pour ma part, il s’agit d’un grand film, intelligemment traité, bien joué et d’une belle mise en scène, même si quelques points très secondaires ont pu me gêner (telle la vision panégyrique du végétarien face à la barbarie du carnivore) et s’il me reste des interrogations sur quelques symboles tels cette baie rouge recherché par Mathusalem, grand-père de Noé joué par le remarquable Anthony Hopkins. Est-ce un rappel du péché originel qui mènera au Déluge ? De l’humanité de Mathusalem qui le pousse à faire un choix crucial ? D’autre chose ? Donnez-moi votre avis.

       

Tag(s) : #Chronique Cinéma

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