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LE DERNIER LOUP

 

Nous sommes en1969, deuxième année de la Révolution Culturelle chinoise. Des étudiants sont dépêchés pour deux ans dans les villages nomades pour leur enseigner l’écriture et la lecture. Chen (Feng Shaofeng) est l’un de ceux-ci. Volontaire il se retrouve dans le clan dirigée par le vieux Bilig (Basen Zhabu) qui reste aux ordres de l’Etat.

Il va y découvrir un mode de vie totalement différent de celui qu’il connaissait et s’y adaptera très vite tant il apprécie ce monde. Chen est un sage patriarche, figure paternelle qui lui enseignera la plaine et son équilibre. Chen tombera sous le charme des loups jusqu’à enfreindre la règle et récupérer un louveteau condamné pour l’élever en secret au milieu des bergers.

Lorsque l’équilibre est brisé, le destin de la tribu tourne peu à peu au drame…

          

Jean-Jacques Annaud s’est vu confié par les Chinois l’adaptation du « Totem du Loup » de Jiang Rong, livre le plus lu dans ce pays après « le petit livre rouge » de Mao. Un choix qui n’allait pas de soi puisque le réalisateur avait été  interdit sur le territoire après « Sept ans au Tibet »alors que son « Amant » y reste interdit de diffusion.

Le maître de l’Ours s’attaque donc à l’épopée de ces loups et de la tribu de nomade rattachée. Une épopée en soi, puisque le tournage s’est écoulée sur un an et demi pour suivre la croissance du jeune  loup vedette et ce après trois ans de dressage des loups adultes.

                           

La première chose qui saute aux yeux et la magnificence des paysages et la qualité de la photo (la 3D n’apporte pas grand-chose à mon sens). Une fois encore Jean-Jacques Annaud démontre sa grande capacité à mettre en scène et en valeur la nature sauvage. Cette qualité visuelle sert parfaitement le propos central du film qui est l’écologie et en particulier le déséquilibre irrémédiable que peut causer l’homme par ses actes irréfléchis et également par sa surpopulation. Magnifique démonstration de l’effet papillon qui part d’un pillage vénale d’une réserve de nourriture à une catastrophe écologique dont les loups en seront les premières victimes.

                            

Tout comme la nature, les loups sont splendidement filmés. Le film parle d’animaux sauvages et pas de poésie (même si les paysages le sont). Les loups individuellement et plus encore en meute ont une véritable intelligence et peuvent s’avérer une menace réelle (et non fabulée comme dans le navet « Le territoire des Loups »). La chasse aux chevaux est juste terrifiante avec une mise en scène oppressante (à déconseillé aux plus jeunes).

En arrière fond, la Révolution Culturelle et la main mise de l’Etat Chinois sur les esprits, les corps et les territoires (l’histoire se passe en Mongolie) se dessinent en quelques scènes, brossant un tableau général sans rentrer dans les détails. Un mini cours bienvenu.

        

Bien sûr, il y aura polémique possible : le film ne prêchant pas pour la réintroduction du loup dans un milieu devenu trop limité par les activités humaines, les pros-réintroductions pourraient être fâchés. Ce n’est pas la faute du loup qui s’il est intelligent, reste un animal et qui plus est un animal sauvage, mais bel et bien celle de l’homme qui lui a volé ses terres.

Quant à l’histoire que l’on pouvait craindre molle, il n’en est rien. Elle est prenante par bien des points. Certes il y a les loups, mais les relations que tissent Chen avec ces nomades est tout à fait intéressante. Le film nous fait découvrir leur mode de vie, mais leur symbiose avec la terre qui sera bien mis à mal par l’homme « civilisé ». Une symbiose incarnée par le personnage de Bilig, une époque sage mais révolue. Les interactions avec les agents gouvernementaux, mais aussi avec les non-nomades ajoutent au film.

        

Le temps file sans que l’on s’ennuie. Un magnifique film à voir, une histoire qui porte le message de l’écologie.

Tag(s) : #Chronique Cinéma
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