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LE VILAIN PETIT NERF

Voilà un court roman que j’ai lu d’une traite, en une soirée (ou presque).

 

Disons-le tout de suite, la quatrième de couverture ne vous aidera pas du tout à savoir de quoi parle « le vilain petit nerf » ; personnellement, je m’attendais à un récit amer et cynique sur le quotidien malchanceux d’un protagoniste lambda. Et bien pas du tout ou pas vraiment. Il s’agit bien d’un protagoniste lambda, cependant celui-ci doit faire face à une maladie douloureuse, à ses complications et à la froide rigueur médicale.

 

Singulièrement, le premier chapitre en forme de prologue intitulé « une mauvaise série » ne nous laisse pas plus imaginer le propos du roman, puisqu’il s’agit d’une suite d’accrochages et de froissements de tôles. Ce sera mon seul bémol sur le livre, j’ai trouvé ce premier chapitre un peu long et répétitif. Ne lâchez pas prise, le roman prend sa réelle dimension ensuite et, a posteriori, ce premier chapitre veut expliquer qu’une série de causes « mineures » peut entraîner une pathologie qui mènera à des méandres difficiles.

 

Paul, ce protagoniste qui pourrait être tout à chacun, se retrouve donc avec une douleur récurrente, mais passagère qu’il va tout d’abord ignorer, puis elle deviendra plus chronique et lancinante, avant de s’avérer prégnante et terriblement aiguë. Cette pathologie d’aspect bénin au départ que certains – beaucoup – d’entre nous ont déjà enduré sous l’aspect de ces « simples » sciatiques douloureuses, mais affectivement ponctuelles et passagères va lui faire vivre un véritable calvaire.

Outre la douleur intolérable, Paul fait face à ce qui nous est présenté comme des erreurs médicales et surtout à une réelle froideur d’au moins un médecin, peu didactique et explicatif. Seule une infirmière paraît humaine dans cette histoire.

 

L’histoire nous accroche pour plusieurs raisons.

Déjà l’écriture simple, d’un homme du quotidien fait glisser la lecture sans difficulté. Quelques termes médicaux bloqueront peut-être un instant ceux qui n’y sont pas habitués, mais ils sont peu nombreux et assez basiques de mon point de vue (mais je suis de la partie).

D’autre part, la progression est bien menée et on ne sait réellement ce qui se cache derrière cette lésion. Impossible de savoir s’il faut s’attendre au pire (cancer osseux) ou pas. Nous nous retrouverons à la place de Paul. De même l’intensité de la maladie évolue et le texte arrive vraiment à nous faire ressentir la douleur (autant que cela est possible) et le handicape que cela génère.

Enfin, du fait du MUR médical et des complications, on peut dire qu’il y a des « rebondissements » et un suspens inhérent au récit.

 

Une histoire, hélas du quotidien, bien construite, simple et attachante, qui se nourrit très certainement du vécu de l’auteur.

« Le vilain petit nerf » de Jean Bedrossian, publié par TheBookEdition.com.

Maintenant côté erreur médicale, voici mon avis personnel sur le sujet moi qui est un pied des deux côtés : patient d’une part et vétérinaire de l’autre. Attention, si vous ne voulez pas en savoir plus sur l’histoire, ne pas lire la suite et y revenir après avoir lu le livre.

 

Certaines personnes (ou animaux) peuvent effectivement présenter des réactions inflammatoires non septiques lors de la résorption de fils sous-cutané ou musculaire. C’est rare, mais ça arrive et ce quel que soient les précautions chirurgicales et périchirurgicales prises. Il s’agit d’une hyper réaction d’un organisme. Elle est imprévisible sauf antécédents identiques. Cette inflammation (comme toute inflammation) favorise le développement des bactéries (staphylocoques inclus) qui pullulent naturellement sur notre peau et souvent c’est les bactéries pathogènes normalement minoritaires qui profitent le mieux de ces conditions pour prendre le dessus sur les bactéries non pathogènes de notre organisme. Il ne s’agit donc pas ici, a priori (il faudrait en savoir plus), d’une infection nosocomiale, mais bien d’une infection secondaire liée à une inflammation. À noter que la bactérie n’est pas non plus multirésistante. L’infection nosocomiale qualifie une bactérie attrapée à l’hôpital ou lors d’une chirurgie.

Quant à la récidive était-elle inévitable ? Difficile à dire. Le problème majeur pour le chirurgien dans ce genre de pathologie est de savoir s’il doit retirer l’ensemble du processus hernié à l’origine de la compression médullaire au risque de fragiliser l’articulation pour l’avenir (l'articulation dépourvue de son amortisseur naturel, l’arthrose et ses complications risquent d’être favorisées avec le vieillissement du patient ; problème qui se pose moins chez les animaux à la durée de vie courte). Son autre option est de retiré que la partie qui pose problème et estimant que la partie restante devrait se stabiliser, au risque de récidiver… Sans doute un dilemme à chaque intervention, malgré l’imagerie médicale (IRM), problème auquel je ne suis pas confronté, ne pratiquant pas moi-même ces chirurgies. Le chirurgien doit juger et se faire sa propre opinion en considérant une statistique de cas, son expérience propre et l’aspect lésionnel des annexes visibles. S’il y a récidive peut-on alors considérer qu’il a fait une erreur ou au moins une erreur de jugement ? Probablement, pour l’erreur de jugement, mais ce choix reste, admettons-le, très délicat à prendre.

 

Cependant et malgré ces considérations qui remettent ne perspective l’avis légitime de Paul (et sans doute de l’auteur), l’attitude du chirurgien face à ces complications est intolérable. Prendre ainsi son patient de haut, sans la moindre considération est non seulement insupportable, mais inhumain. Avant d’être un patient X sur une liste de chirurgies à faire, le patient est une personne à laquelle on doit un considération, respect, écoute et explications (idem pour les propriétaires d’animaux et leurs animaux pour ce qui est de ma branche). Et ce quelle que soit la personnalité du patient (et il y en a des corsés)… Un médecin, infirmier, chirurgien, spécialiste, dentiste, vétérinaire et tout autre, ne doit jamais oublié que le patient est celui qui souffre et celui qui s’inquiète. C’est son bien-être, sa qualité de vie, voire sa vie qui est en jeu avant toute autre considération et il FAUT en tenir compte, sinon changer de métier.

Tag(s) : #Chronique Littérature
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