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CHOCOLAT, le clown.

« Chocolat » retrace la vie de Rafael Padilla, né à Cuba entre 1865 et 1868 et mort le 4 novembre 1917 à Bordeaux. Une ascension progressive, astronomique avant une chute et un oubli total jusqu’à ces dernières années où sa contribution et celle de son comparse Foottit à l’art du cirque a été revalorisée.

 

Chocolat (Omar Sy) joue l’affreux cannibale dans le  petit cirque itinérant appartenant au Delvaux (Frédéric Pierrot et Noémie Lvossky) jusqu’au jour où le clown Footit (James Thiérée) devant se renouveler décide de le prendre sous son aile, créant ainsi pour la première fois un duo de clown : Auguste + Clown Blanc (révolutionnaire pour l’époque).

                     

Chocolat battu et ridiculisé sur scène par Footit remporte un franc succès qui emmènera le duo à un grand cirque parisien tenu par Oller (Olivier Gourmet). Si Footit garde sa sobriété et la tête froide, Chocolat est emporté par les applaudissements et une notoriété inattendu, oubliant son aimée du cirque Delvaux alias Camille (Alice de Lencquesaing), dépensant sans compter dans les vêtements, mais s’adonnant aussi au vice du jeu qu’il avait déjà en allant dans des tripots.

   

La réalité de sa condition d’homme noir lui reviendra en pleine figure alors qu’il sera arrêté  et mis dans la même cellule qu’un propagandiste engagé.

Sa perception de sa réussite va alors changer, tout comme le ton du film.

                          

 

Le film Chocolat, réalisé par Roschdy Zem (scénario de Cyril Gely, d’après l’œuvre de Gérard Noiriel) a plusieurs intérêts.

 

Il nous emporte à la fin du XIX siècle et de la vie à cette époque, d’abord au sein d’un petit cirque puis à Paris, toujours en coulisse avec une confrontation entre la haute société et ce monde du spectacle et leur perception des non-européens (j’y reviendrai). Décors, costumes, mode de vie, place de la femme, des homosexuels, des ghettos… Un portait certes très incomplet, mais très intéressant.

                

Dans la deuxième partie du film, nous glissons sur la condition de l’homme noir à cette époque, de sa non-considération par la société, de sa perception par les gens du commun et par les nantis suffisants. Je trouve que le film prend alors une réelle ampleur et j’y ai trouvé un intérêt plus grand que sur la première partie du film. Chocolat se rend alors compte qu’il n’est estimé que parce qu’il est un faire valoir de l’homme blanc, pire il est mis à bas de terre, glorifiant la supériorité de l’homme blanc (en imposant l’infériorité de l’homme noir).

Cette analyse de la perception de l’homme noir s’intensifie en plusieurs points d’orgue dont la visite de l’Exposition Coloniale et bien sûr au théâtre dirigé par Gemier (Olivier Rabourdin). L’absurdité d’un racisme primaire poussé à son extrème.

Chocolat nous offre également une belle palette de personnages, mis en scène par une série d’acteurs talentueux à commencer par Omar Sy. Il est tout aussi à l’aise dans les clowneries de Chocolat que dans son amour du jeu, dans son rôle de dandy que dans l’émotion, dans son rôle de « gentil petit nègre » que dans celui d’homme révolté.

                           

Il est magnifiquement secondé par James Thiérrée dont mon épouse et moi trouvions qu’il a le physique pour incarner Chaplin ; et pour cause puisqu’il en est le petit fils (découverte lors de l’écriture de cet avis). Il joue un Footit idéalement dans la réserve, un clown au lourd secret (qui remet en perspective son lien avec Chocolat lorsqu’il est révélé), un artiste dans le sang qui laisse les rudesses de la vie de côté pour amuser le public. Lorsqu’il parle de cette douleur avec Marie (Clotilde Hesme), je trouve le moment fort poignant, donnant une nouvelle amplitude au personnage. Un rôle magnifique qui aurait peut-être mérité d’être plus développé (quoique cela aurait peut-être altéré la qualité du personnage).

Le duo fonctionne parfaitement aussi bien par leurs antagonismes que par leurs similitudes (plus profondes qu’il n’y parait). Une relation qui va fatalement évoluée.

   

Les personnages qui orbitent autour de ces deux-là sont tout aussi intéressants, offrant une belle richesse à cette histoire.

 

Même si le début m’a également séduit, sensible et émouvante, cette histoire m’a vraiment accroché à partir du moment où elle plonge dans cette profondeur, gagnant en psychologie. Un bon film, de bons acteurs pour un récit intelligent, tiré de la réalité d’une vie, comme le rappelle le générique de fin dont l’une des scènes du film se fait l’écho.

A voir.

CHOCOLAT, le clown.
Tag(s) : #Chronique Cinéma

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