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LE SONGE D'ADAM

Pour sa thèse sur Dionysos, Hugo Wagner va s’installer pour une bonne année dans la ville allemande de Göttenberg ou plutôt dans un chalet situé dans la vaste Forêt Noire voisine. Il y emmène sa fille Morgane, 15 ans, artiste dans l’âme qui n’a jamais connu sa mère Mélanie, morte alors qu’elle n’avait que 2 ans. À noter tout de même que le « souvenir » de Mélanie hante l’esprit d’Hugo.

Morgane vivra donc dans ce chalet loué à un gars du coin, Waldstein, un peu rustre un peu érudit, sans doute chasseur. Elle fait donc ses études par correspondance, souvent délaissée par son père descendu en ville à la bibliothèque où il fera la connaissance d’un pasteur et ancien policier Rémi Tautman.

Cependant, leur arrivée ne se passe pas tout à fait comme il se devrait. Ils commencent par se perdre sur une route un chemin et croiser un cerf décharné. Très vite Morgane sera affrontée à d’autres événements étranges qui conduiront son père sur la piste de Georg Philipp Friedrich alias le poète, philosophe et géologue Novalis (1772-1801) et de l’Arbre des Morts du folklore de Johannes le bûcheron orgueilleux.

 

« Le Songe d’Adam » nous mène dans une quête du savoir emprunte d’ésotérisme et de religion, saupoudrée d’horrifique.

 

Partant du mystère qui entoure cette partie de la Forêt-Noire, Sébastien Péguin mélange habillement les personnages fictifs aux individus historiques pour ancrer (encrer !) son histoire dans la réalité.

L’enquête que va mener Hugo s’appuie – comme je l’ai dit - d’une part sur une légende du folklore germain « Johannes le bucheron » et d’autre part sur Novalis et une correspondance secrète qu’il aurait eu. Elle nous mène de documents en documents à en découvrir plus et à nous plonger au cœur des mythologies. Panthéons grecs et nordiques se croisent avec les figures de la religion chrétienne. Un développement riche sur leurs similitudes, en particulier en ce qui concerne « L’Arbre des Morts ». D’autres réflexions nombreuses viennent s’adjoindre à ces informations, explorant – entre autres - le thème de la Résurrection, celui de la Foi ou celui de la connaissance.

Ces passages sont très intéressants intellectuellement parlant. Cependant, je dois bien admettre que, parfois, le ton devient professorale (profession de l’auteur) et l’on se croirait presque par moment dans la thèse d’Hugo. Il faut bien avouer que dans Le Songe d’Adam, nous avons affaire à des personnages de tête et non de physique. Ces réflexions multiples ont tendance à ralentir le récit et donc diminuer l’angoisse qui devrait saisir le lecteur. D’autant que certains éléments n’ont, au final, qu’un intérêt modeste, comme l’arbre de Jéhée.

 

Toutefois, hormis ces passages et quelques répétitions (là, je chipote) je dois reconnaître que le style de Sébastien Péguin demeure riche, agréable et vous entraîne dans les méandres et les holzweg de la Forêt-Noire

Au passage, le découpage extrême des chapitres avec sous-titre me parait parfois excessif, même si on s’y habitue. Mes yeux lunettés ont eu un peu plus de mal avec la police employée pour faire parler Mélanie, personnage qui n’a peut-être pas tout à fait la place qu’il devrait avoir (trop peu exploitée à mon goût). Il en va de même pour d’autres personnages et éléments (je pense à Waldstein qui prend une place dans le récit trop tardive).

La relation entre Hugo et Morgane m’a également dérangé. Je trouve qu’il est un père totalement irresponsable. Il isole sa fille au cœur d’une forêt plutôt lugubre, quitte à la désocialiser (pourquoi ne l’emmène-t-il pas à la bibliothèque avec lui ?). Il ignore ses angoisses et ses états d’âmes. Après ce qu’il arrive à Morgane dans sa chambre, je ne comprends pas qu’il ne l’emmène pas voir un médecin. Bref une attitude paternelle très étrange que son état de veuf n’excuse en rien, d’autant que « l’esprit » de Mélanie est là pour le rappeler à l’ordre…

 

Quant au côté horrifique, s’il est présent, il manque de puissance. Je m’attendais à une atmosphère plus lourde et plus angoissante qu’elle ne l’est, avec un suspens plus intense. Et peut-être aussi plus de morts qui auraient jalonnés l’histoire. Bref un peu plus d’ambiance et de rythme, même si l’érudition du livre m’a intéressé.

Les créatures fantastiques et en particulier leurs liens avec la terre sont quant à elles plutôt originales et intéressantes.

 

Le Songe d’Adam est donc un roman dense, intellectualisé et aux effluves de Stephen King (dont l’auteur est fan, ce qui n’est pas vraiment mon cas, à l’exception de Misery). J’ai apprécié sa lecture sans, toutefois, réellement accrocher. Question de goûts et d’attentes !

LE SONGE D'ADAM
Tag(s) : #Chronique Littérature
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