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LES MAÎTRES INQUISITEURS, tomes 1 à 5.

Cette série en 6 albums, aux Editions Soleil, nous emmène en Oscitan, un monde médiéval fantastique. Encore un univers de l’inépuisable Jean-Luc Istin. Chacun des 5 premiers tomes raconte une histoire indépendante, même si sur le fond autre chose se trame et se conclura dans le tome 6.

 

Nous sommes une cinquantaine d’années après la période dite du Chaos. Un âge sombre durant lequel les différents royaumes se sont confrontés en une longue guerre sanglante. Après mille ans, la paix initiée par les mages à la très longue vie fut enfin signée. La guerre finit, les autres travers de la civilisation se dévoilèrent : brigandages, banditismes, corruptions, meurtres et autres vils faits. Pour lutter contre ces vices, les mages créèrent les Maîtres Inquisiteurs, une organisation pour faire régner la justice dans le monde… Et ils vont généralement par deux : l’Inquisiteur et son elfe, allié et ami. Petites particularités des Inquisiteurs, ils ont tous un pouvoir magique spécifique et une lame qui ne peut pas blesser l’innocent du crime dont l’accuse l’inquisiteur.

 

L’ensemble des 5 premiers tomes édités (à conclure dans le sixième) est magistralement mis en couleurs par le studio Digikore. Les tons terreux, rarement rehaussés de lumière ou de chaleur conviennent à merveille à cette série.

 

Tome 1 : Obeyron.

 

Censé avoir péri il y a quarante lors d’une mission dans la forêt des Soupirs, Obeyron revient et il n’est pas forcément ravi. Cet inquisiteur plutôt revêche à la vengeance à l’esprit, une vengeance qu’il veut violente, aussi violente que sa vie et sa justice sans concession.

 

L’extrémisme d’Obeyron ne le rend guère sympathique. Sa violence sied à sa tâche et reflète l’image que nous avons des inquisiteurs de notre moyen-âge, tout comme leur intransigeance. Un personnage plutôt rigide et sans finesse. Pas vraiment ma tasse de thé, mais il est cohérent. En espérant que les prochains Inquisiteurs seront tous dans un autre registre.

Je regrette que son ami elfe l’jaren ne soit pas plus développé malgré l’importance de son rôle et, j’espère, que son peuple sera plus exploré dans les autres tomes. Le scénario d’Olivier Peru qui nous offre de nombreux flash-back se complexifie lorsque l’on aborde les personnages dont se venge Obeyron (p°21). Un conseil : garder un doigt sur les pages 17 et 18 pour ne pas perdre le fils.

La base du pouvoir d’Obeyron me semble sous-utilisée, mais son évolution est un très bon point de l’histoire. Le mystère qui plane sur le peuple racine est également un élément très agréable dont nous n’aurons peut-être jamais la solution.

Les dessins de Pierre-Denis Goux sont sublimes avec des paysages denses et détaillés, des costumes riches et des visages durs de combattants. J’aime un peu moins ses dragons.

Premier tome réussi.

 

Tome 2 : Sasmaël.

 

Nicolas Jarry nous plonge dans une intrigue politico-économique qui se dévoile peu à peu après un massacre (évoqué dans la dernière page du tome 1). La mise en cause d’un Inquisiteur, Fendraël, renforce l’intérêt de l’histoire. La ville de Vieille Forge, même si elle est portuaire, sent la suie et la sueur.

Nous en découvrons un peu plus sur les elfes à travers

Moins revêche et plus subtil qu’Obeyron, Sasmaël possède un pouvoir somme toute classique (l’électricité), mais le fait que son pouvoir à des conséquences (voir page 24) y apporte de l’intérêt et une limite. Nous en apprenons un peu plus sur les elfes à travers Lotweën, mais aussi Djoëndal. La magie noire fait aussi ici ses premiers pas.

Des dessins magnifiques de Paolo Deplano, même si les paysages sont moins détaillés que ceux du tome 1.

 

Tome 3 : Nikolaï.

 

Nous ne sommes pas forcément face au plus passionnant des inquisiteurs, même si le passé de Nikolaï et le sacrifice qu’il dut faire (mais était-il si nécessaire ?) apportent sans aucun doute une spécificité au personnage. Il va devoir enquêter au sein d’une caravane de croyants qui réalisent un pèlerinage dans l’espoir de raviver le Fleuve-Monde asséché. Manipulations et magies sont au rendez-vous.

 

Un tome intéressant par le fait qu’il nous amène du Petit Gotland glacial aux terres chaudes et sèche du sud de Le Nappan. Des paysages désertiques dans les deux cas retranscrits par le dessin d’Augustin Popescu. J.L Istin qui scénarise cet épisode en profite pour initier ce qui sera la réunion des 5 Inquisiteurs dans le dernier tome.

Ce n’est pas forcément le tome qui m’a le plus séduit.

 

Tome 4 : Mihaël.

 

Naufragés sur une île maudite, l’Inquisiteur Mihaël et son fidèle elfe Shawëen, vont devoir protéger les rescapés et tenter de trouver une solution pour repartir vers la civilisation.

 

Le scénario de Nicolas Jarry est moins intriqué que les histoires précédentes, mais il compense par un dynamisme et un suspens certains (à qui le tour ?). Même s’il reste dans le même ton que les précédents tomes, les dessins de Jean-Paul Bordier, tirent un peu moins vers le réalisme, avec un petit côté plus classique des visages en particulier (Maëda par exemple). Les couleurs sont également plus souvent lumineuses et colorées que dans les autres tomes, avant de s’assombrir vers la fin.

Nous découvrons là, et pas seulement à travers Mihaël que les Inquisiteurs ne sont pas parfaits, loin de là. C’est l’une des raisons pour lesquels j’aime cet Inquisiteur, l’autre étant son pourvoir original sur les plantes et surtout sa manière de s’en servir.

Probablement mon tome préféré presque à égalité avec le suivant.

 

Tome 5 : Aronn.

 

Ou lorsqu’un Inquisteur va contre son ordre pour tenter l’impossible et sauver des milliers de vies… s’il réussit. C’est là l’histoire d’Aronn, fidèlement épaulé par l’elfe Eldurin. Tout cela confirmant ce que nous savions déjà dans les autres tomes : que quelque chose d’énorme se prépare dans le monde d’Oscitan.

 

Nous retrouvons des dessins très poussés et travaillés, cette fois par Jean-Charles Poupard. Des planches où domine l’obscurité, marquant l’atmosphère d’apocalypse de l’histoire de Sylvain Cordurié.  Les dragons sont plus cool que dans le tome 1.

S’il le fallait, le scénario insiste sur la rigidité de l’ordre des Inquisteurs, chargé de dogmes, de loi et de règles, doublé d’intransigeance. Aronn en a d’autant plus de mérites. Son pouvoir est très en adéquation avec l’histoire (presque trop) et de fait, sans ce pouvoir, tout aurait été joué. Toutefois, c’est pour cela que l’inquisiteur Noriav le choisit lui et pas un autre… Par chance, Aronn est aussi prêt à trahir quelques règles poussiéreuses face à la nécessité de l’urgence. Un pouvoir de « téléportation » que l’on a plus l’habitude de voir chez les superhéros que dans les récits médiévaux fantastiques.

Sympa aussi d’en apprendre un peu plus sur les elfes avec la fin. Même si le duo Inquisteur / Elfe peut faire penser à un duo Cowboy / Indien pisteur, il semblerait que les hommes en tout cas les Inquisiteurs) ont, eux, un profond respect pour les Elfes, issus d’une civilisation moins « sauvage » qu’il n’y paraît.

 

Bilan :

 

Si j’ai quelques préférences pour certains tomes et certains personnages, Les Maîtres Inquisiteurs sont tous de qualité, aboutissant à une très belle et intéressante série. En espérant que le tome 6 tienne les promesses des précédents.

Un monde riche, si riche qu’il me semble que l’on en a effleuré que la surface en 5 tomes (et qu’un sixième laissera forcément des pans entiers de ce monde dans l’ombre… Comptons sur Soleil pour nous en faire des tonnes d’autres… Même s’il faudrait savoir s’arrêter des fois…).

Un univers cohérent avec une belle homogénéité dans les dessins qui sont tous de qualités (comme je les aime).

Si l’intrigue sous-jacente liant les différents tomes est bien là, elle ne prend pas la place des histoires propres à chaque livre et c’est tant mieux.

À découvrir.

 

LES MAÎTRES INQUISITEURS, tomes 1 à 5.
Tag(s) : #BD

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