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LES JUSTES, d'Albert Camus

Il est assez rare que je me replonge dans des classiques et qui plus est que j'en fasse une chronique...  A priori, tout a été dit sur ceux-ci. Qui plus est, il me semble bien prétentieux de faire une critique de telles oeuvres, face auxquelles mes propres écrits ne sont riens, voire moins que riens. Mais bon, je ne fais que donner mon avis et rien de plus alors allons-y.

Tout d'abord, un petit aperçu. Cette pièce de théâtre se déroule en 1905 durant la "révolution russe". Elle se concentre sur l'attentat qui sera mener contre le Grand Duc, ou plutôt sur les quelques membres du parti socialiste révolutionnaire qui vont mener celui-ci. Camus remplace Savinkov dont il s'est inspiré de ses mémoires par Annenkov, "chef" de cette cellule d'activistes. S'ils sont tous frères (et soeurs) dans ce combat, tous ont une personnalité bien définie qui est source de débat.

Le texte est minimaliste, dans le sens où Camus épure celui-ci de toute fioritures pour aller à l'essentielle, c'est à dire les débats philosophiques et étiques qu'il désire exposer par cette pièce. Si me décors réduits ne posent aucun soucis, la quasi absence d'informations sur le contextes a posé quelques soucis au néophyte que je suis. Néanmoins, le récit reste intelligible et les débats traités compréhensibles. Quelques recherches ou explications de textes (existant dans certaines éditions) fournissent un éclairage complémentaire bienvenu.

L'histoire d'amour entre Dora (unique femme du groupe) et Kaliayev n'est elle aussi qu'en filigrane, mais nourrit le récit d'une autre dimension. Une touche supplémentaire d'humanité et de valeur du sacrifice.

Magnifiquement écrit, les Justes valent avant tout pour les réflexions qu'il apporte et qui évoluent peu à peu.

Pour ma part je retiendrai ici que la question suivante : "jusqu'où à le droit d'aller l'action politique ? Quelles sont ses limites ?"

Camus y répond clairement par une éthique qui ne doit viser que les coupables et épargner les innocents, symbolisés ici par des enfants (ce texte fait donc étrangement écho au film eye in the sky que j'ai visionné peu avant ou, dans un autre style, à Secret War). Il ne peut admettre un attentat que vis à vis d'une autorité politique et/ ou militaire et non envers des civils. Il est possible d'ajouter l'autre limite implicite : il faut que cette autorité soit injuste, par exemple totalitariste. Camus n'en oublie pas via un de ses personnages (Dora me semble-t-il) d'émettre l'idée du rixe que cette limite morale devienne flou et peu à peu dépasser dans une sorte de surenchère jugée "nécessaire" comme le laisse entendre Stepan, le protagoniste avec le moins de scrupules. Une limite que dans le futur d'autres pourraient dépasser au nom de ces combattants du passé.

Bien entendu, alors que j'écris cette chronique 48 heures après les attentats de Barcellone, le débat peut prendre une autre ampleur. Clairement, Camus n'aurait trouvé aucune justification à ces crimes aveugles. Le fait que ces tueurs ne voient en tout le monde que des coupables, n'est, bien entendu, pas une justification, mais plutôt une déviance morale induite par un obscurantisme et un abrutissement religieux. Ni plus ni moins qu'une tyrannie de l'esprit, oppression qu'avec Camus, homme de liberté pour le peuple, nous ne pouvons qu'honnir.

Mais revenons aux Justes qui m'a vraiment passionné par son intelligence et ses réflexions vulgarisées sans en être amoindris.

N'hésitez pas, tout comme moi, à vous replonger dans ce classique avec les bonus d'un e édition folioplus, par exemple.

LES JUSTES, d'Albert Camus
Tag(s) : #Chronique Littérature

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