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LES MISÉRABLES, une entre-deux.

Ladj Ly nous présente un film qui se veut fort et qui l’est sur le climat dans les banlieues ; néanmoins, je trouve que son propos – relié au titre – n’est pas assez appuyé et que, du coup, chaque spectateur, selon son expérience propre peut y voir tout et son contraire.

 

Je m’explique.

 

Le titre (les Misérables) et la localisation (Cité de banlieue, en l’occurrence Montfermeil) laissent à penser qu’il va traiter de la misère économique et sociale qui peut frapper les habitants de ces cités. Certes, il nous fait découvrir un environnement plutôt austère, dégradé et/ou non entretenu, mais nous n’ouvrons jamais (ou si peu…) la porte qui nous mène dans la vie des personnes y vivant, de la famille d’Issa (Issa Perica) par exemple ou celle de Buzz (Al-Hassan Ly). Hors les conditions de vie externes, rien ne filtre. Le film ne parle pas de chômage, des fins de mois difficiles, à peine de l’éducation des enfants et pas tant que cela de discrimination si ce n’est à travers Chris (Alexis Manenti).
Au final, le scénario nous laisse imaginer ce qui se cache derrière, ce que peut facilement extrapoler une personne ayant habité ces quartiers, mais moins intimement une personne ayant vécu confortablement dans un « beau » quartier. Au pire le second pourra donc inverser le propos : voir dans les dégradations des immeubles de simples actes de vandalisme des habitants, voir dans les jeunes dehors du désœuvrement et ainsi de suite sur de nombreux points dans le film. Bref faire porter toute (ou presque) la responsabilité des faits sur des personnes hors contexte ; loin à mon sens du propos visé.

 

Les Misérables

 

Le fait est que, pour l’essentiel, nous voyons ce qui se passe à travers le regard du trio de la BAC. Cela impose cette distance et ce risque de mésinterprétation. Heureusement le personnage de Pento (Damien Bonnard) apporte avec lui sa bonne foi qui sera mise à rude épreuve et son intégrité de policier, face à Chris, sûr de sa force en tant que policier, suffisant, magouilleur et très certainement raciste. Notons que Pento arrive de sa province « paisible » et que c’est son premier jour avec ces deux collègues qui surveillent ce secteur difficile, les menant à devoir interpeller Issa.

Si Gwanda (Djebril Didier Zonga) est un peu plus sympathique ; dès que l’on gratte un peu, il le devient moins. Là aussi le film joue d’une certaine ambiguïté dans laquelle certains verront une manière de dédouaner les actes du duo +1, d’autres une mise en exergue de leurs conditions de travail difficiles alors qu’ils ne sont que des humains aptes à craquer, alors qu’ils devraient savoir mieux se contenir (et être aidé en ce sens). Quoi qu’il en soit, j’ose espérer que personne ne pourra excuser certains de leurs actes.

 

Mais là encore, la faute de ce qui arrive à Issa pourra lui être « entièrement » reprochée selon les opinions de chacun puisqu’il aura récolté ce qu’il a semé selon eux.

 

Les Misérables Issa

 

Pour moi, avant de parler des « Misérables », le film parle de l’engrenage de la violence au sein d’un milieu propice car sous tensions (sociales, économiques, malfrats même si le sujet de la vente drogue est très insuffisamment évoqué) ; violence déclenchée ici par l’irrespect total dont fait preuve Chris, censé être garant de la justice et du bon exemple. L’escalade s’engage irréversiblement jusqu’à une violence insupportable.

Le film s’arrête sur un point de suspension, laissant là encore (attention mini spoile) le spectateur faire son choix entre espoir d’une prise de conscience et capacité à stopper la violence ou aller jusqu’au bout dans la plus noire des conclusions.

Bien sûr, il y a la petite phrase de Victor Hugo comme quoi : on ne naît pas mauvais, mais on le devient qui s’ajoute pour remettre en perspective le film et son sujet, l’engrenage dont je parlai plus haut. Mais est-ce suffisant ?

 

 

Les Misérables m’a donc laissé perplexe et insatisfait par ce manque de positions fermes ou d’affirmation par les images de la condition de vie, donnant au film ce double tranchant ou selon ses opinions et son vécu, il peut accuser les uns ou les autres. Par exemple, j’ai été très étonné (et choqué) que certains spectateurs puissent rire durant ce film, m’inquiétant un peu sur leur interprétation de celui-ci.

Face à mon avis, il m’a été judicieusement rétorqué que le film ne prend pas forcément position et qu’il est un simple constat d’une situation complexe. J’admets cette position, et dans ce cas ce film n’est qu’une pièce d’un grand puzzle sur le sujet de certains quartiers et d’une population en perdition. Un film qui s’intégrerait dans une vaste toile dont la Haine ou Divine pourraient faire partie.

 

Si je suis donc mitigé sur le traitement du propos, je pense que Les Misérables est un film sociétal, témoin d’une époque, donc à voir et surtout à débattre.

LES MISÉRABLES, une entre-deux.
Tag(s) : #Chronique Cinéma
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