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DES CÉSARS à... Roman POLANSKI

Avant mon coup de gueule, un petit mot sur ce qui est aussi important, le palmarès, en particulier sur les films que j’ai vu.

 

Les Misérables de Ladj Li obtient 3 récompenses : Film / Public / Montage. Une bonne nouvelle pour un film qui traite de notre société et en particulier des méfaits de la misère, même si pour ma part j’avais trouvé que le sujet n’était pas assez démontré.

 

Les Misérables

 

La Belle Epoque égale ce score avec les Césars pour Second Rôle Féminin (la sublime Fanny Ardant) / Scénario Original / Décors. Des victoires saluées par ma famille qui ont vu le film et l'ont fort apprécié.

 

Fanny Ardant

 

Notons aussi que le film d’Animation J’ai perdu mon corps obtient non seulement le César de l’Animation, mais également celui de la musique originale. Un excellent film que je n’ai pas eu le temps de commenter sur mon blog, mais qui vaut le détour et nous tient en haleine. Deux récompenses fortement saluées à la maison, ma cadette se dirigeant vers une carrière dans l’animation. La petite polémique sur l’animation – parent pauvre du Cinéma – l’a également ravi.

 

J'ai perdu mon corps

 

Parasite qui était pourtant face à des pointures américaines (Il était une fois à Hollywood et Le Joker) rafle un nouveau prix, celui du Meilleur Film étranger. Là aussi un film social sur un thème très similaire à celui des Misérables, mais traité très différemment.

Je remarque aussi les récompenses pour 2 films : M (meilleur documentaire) et Grâce à Dieu (Meilleur Second Rôle Masculin pour Swann Arlaud) qui traitent tous deux de la pédophilie dans les milieux religieux. Deux films que je n’ai, hélas, pas encore vu.

 

Grâce à Dieu

 

Alors que l’académie des Césars met en avant cette ignominie qu’est la pédophilie, la polémique surgit tout de même avec J’accuse et ses trois récompenses : Meilleurs Costumes (pas de soucis) / Meilleure Adaptation (Robert Harris qui est aussi l’auteur du Roman – ok et Roman Polanski – ça commence à tiquer) / Meilleure Réalisation (Roman Polanski et là, ça ne passe pas…).

 

Roman Polanski

 

Retour sur les faits.

En 1977, Polanski (43 ans) est jugé pour 6 chefs d’accusation pour actes sexuels sur mineure (Samantha Geimer alors âgée de 13 ans). Polanski accepte de plaider coupable pour « rapports sexuels illégaux avec une mineure » en échange de l’abandon des autres chefs d’accusation. Dans un premier temps il est condamné par le juge Rittenband à 90 jours de prison et il sera libéré au bout de 42 jours pour bonne conduite. Cependant, suite à cette libération anticipée, le juge change d’avis ( ?? ) et décide de modifier le jugement (j’ignorai que c’était possible) et le condamne à une peine de durée indéterminée ( ?? ) pouvant aller jusqu’à 50 ans. Néanmoins, si Polanski accepte cette nouvelle condamnation et de quitter ensuite définitivement les États-Unis, le juge lui « assure » qu’il ne fera que les 48 jours qu’il lui restait à faire. Face à l’incertitude de cette condamnation qui sent l’abus de pouvoir, Polanski préfère fuir et retourner en France. Rittenband sera demis du dossier pour « irrégularité » et le procureur Guson confirme que Polanski a purgé sa peine. Malgré cela la Justice américaine ne clôturera jamais l’affaire, faisant de Polanski un fugitif

 

Par ailleurs, depuis, il a été aussi accusé par 10 femmes, dont au moins 5 semblent des accusations potentiellement sérieuses. Les 5 autres sont des accusations anonymes suite à un appel à témoignage contre forte récompense (20 000 dollars) ce qui peut laisser planer le doute sur la validité de ces témoignages.

Les cinq autres femmes parlent de faits qui auraient eu lieu en 73, 75 et 83 en ce qui concerne Charlotte Lewis qui a révélé ces actes en 2010. Trois autres femmes ont pris la parole en 2017 et la plus récente est la photographe française Valentine Monnier en novembre 2019. Elle a décidé de parler suite à la prochaine sortie du film j’accuse et à la prise de parole de l’actrice Adèle Haenel quelques jours plus tôt concernant une autre affaire sans rapport avec Polanski.

Cependant soit aucune plainte n’a été déposée, soit les faits sont prescrits pour l’ensemble de ces 10 cas. Pour être complet, il faut ajouter que Polanski nie l’ensemble de ces accusations.

 

César

 

Ceci étant posé, le débat sur la remise de Césars au film j’accuse peut se concevoir.

 

Pour ma part, je ne suis absolument pas gêné par les 12 nominations, pas plus par les Césars qui concernent les membres de l’équipe (techniciens ou acteurs), là où le bât blesse c’est sur la réalisation, César qui récompense directement Roman Polanski. Je comprends donc la réaction, en particulier, d’Adèle Haenel qui a quitté la cérémonie à cette annonce avec un « quelle honte ! » à la bouche (rappelons qu’elle a porté plainte en novembre contre le réalisateur Christophe Ruggia pour harcèlement et agression sexuelle alors qu’elle avait 12 ans et 15 ans).

 

J'accuse

 

Je tiens aussi à préciser que je suis  de ceux qui estiment qu’une personne qui a purgé sa peine pour un acte délictuel commis a le droit de vivre ensuite normalement sa vie dans la mesure où  il n’est plus considéré comme dangereux. Même si j’admets que la justice peut-être défaillante, imparfaite ou détourné, je considère également qu’un jugement doit être considéré comme clôturant légitimement une affaire. Enfin, je suis pour la présomption d’innocence.

 

 

De cela découle que, la première accusation ayant été jugé et la peine purgée, elle ne doit plus poursuivre Polanski. Néanmoins, j’admets que la peine qui avait été décidée me paraît bien légère face aux faits reprochés. Pour ce qui est des cinq accusations crédibles et récentes, celles qui n’ont pas été suivies de plaintes ne peuvent pas non plus être considérées du fait de la présomption d’innocence.

Reste le cas des actes pour lesquels il y a prescription et qui ne pourront pas aboutir à une condamnation, c’est-à-dire à la fois une reconnaissance de la culpabilité de l’homme ET de l’innocence de ses victimes ; une reconnaissance salvatrice pour l’esprit brisé de celles-ci.

Certes, il y a la présomption d’innocence, mais aussi le doute raisonnable de culpabilité qui demeure et ce d’autant plus lorsque les accusations sont multiples. Ajoutons à cela que la libération de la parole n’est pas chose facile, entre le traumatisme, la culpabilité que les pensent souvent avoir et le devoir affronter à nouveau tout ces souvenirs ainsi que les questions et le regard, voir le jugement des autres. Cela peut expliquer que les faits ne réapparaissent que 50 ans plus tard lorsque le tabou sur de tels faits se lève un peu.

 

Si la qualité en tant que réalisateur de Roman Polanski n’est pas à remettre en doute, il reste difficile de séparer l’homme de l’artiste. Non jugé légalement (et non par la vindicte populaire), Polanski doit pouvoir exercer son métier en toute légitimité et sans pression, donc réaliser des films. Néanmoins, la remise du César de la meilleure réalisation va glorifier l’artiste, mais aussi auréoler l’homme. Pire cela va, non pas rendre légitime le comportement d’harcèlement et d’abus, mais en quelques sortes, le négliger, en diminuer l’importance, comme si ce n’était pas grand-chose alors que cela est intolérable.

Il me semble donc que, vu les doutes raisonnables sur les actes infamants que Roman Polanski aurait commis, l’Académie des Césars a clairement manqué de jugement en validant la nomination de Polanski à ce César en le lui octroyant. La décence, le tact ou plus factuellement, le principe de précaution vers un coupable potentiel, auraient été de ne pas lui donner ce César. Décision stupide et honteuse, pouvant aller jusqu’à discréditer la valeur éthique et morale des Césars qui par ailleurs ont pourtant couronnés des films contre la pédophilie ou sur le malaise de notre société.

Un jugement personnel sans haine et le moins passionnel possible envers ce César qui gâche un peu la fête.

 

Florence Foresti

 

La soirée n’a pas été non plus été exempte d’autres polémiques.

La présentation de Florence Foresti s’est voulue à la fois détendue et incisive avec un humour parfois grinçant qui n’a pas épargné Polanski et ses pairs (dont Patrick Bruel), mais aussi le défaut de parité (un débat compliqué). Un parti pris qui n’a pas forcément plu à tout le monde. Personnellement cela m’a convenu à 90%.

Par contre, je dois avouer que les propos de Mathieu Kassovitz au sujet des femmes et qui se voulaient très prudents pour ne froisser personne m’ont paru très maladroits. Nous étions plus proches d’une reconnaissance de la beauté et la sensualité des femmes que de leur valeur artistique ou intellectuelle. Pas forcément la meilleure façon de reconnaître l’égalité des sexes, même si Kassovitz prônait la collaboration cordiale et respectueuse.

 

Aïssa Maïga

 

Autre polémique celle de la représentation ethnique au sein du cinéma soulevé par l’actrice Aïssa Maïga, présidente des collectifs « 50/50 » et « Noire n'est pas mon métier ». Personnellement, mais peut-être aussi faute de connaissance du sujet, j’ai trouvé qu’elle forçait un peu le trait et que dans les films français actuels la diversité était plutôt bien représentée, en particulier au sein de la jeune génération d’acteurs (35 ans et moins). Maintenant, je veux bien admettre qu’il y a une restriction des rôles à des stéréotypes ethniques et que certains personnages sont « réservés » à des blancs – hors contexte historique obligeant ce choix.

Enfin, notons la défection de Brad Pitt qui devait recevoir un César d’honneur. Quelle en est la justification ? Peur de se compromettre avec une cérémonie annoncée compliquée ? Nul ne le sait, mais c’est une première.

 

La cérémonie s’est quand même globalement plutôt bien passée et notons le sourire et la belle prestance de la présidente d’honneur, Sandrine Kiberlain, très émue.

 

Sandrine Kiberlain

 

Tag(s) : #Chronique Cinéma, #Mon Avis (pour ce qu'il vaut)
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