Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

REVENIR DE L'AVENIR : un recueil réussi.

Il n’est jamais simple de parler d’une anthologie aux textes parfois inégaux dans la qualité d’écriture et généralement aux histoires très variées dont certaines vont correspondre à vos goûts et toucher votre sensibilité, d’autres non. Je n’aborderai donc pas chaque nouvelle, mais citerai ici celles qui m’ont le plus marqué, idem pour les compléments multimédias.

            Je dois avouer que les Éditions du Grimoire, nous a toujours gratifiés d’une belle collection d’histoires (3 antho précèdent celle-ci) et aux auteurs talentueux ; ils renouvellent cette qualité pour l’édition 2020. Comme pour les deux dernières, chaque nouvelle de Revenir de l’Avenir bénéficie d’une illustration, d’une bande-son, mais aussi cette année : d’un court métrage (2 à 5 minutes) et d’une couverture fluorescente.

            Bien entendu, chaque acheteur d’un livre pourra voter pour 3 nouvelles, 3 illustrateurs, 3 compositeurs et 3 réalisateurs de son choix pour faire gagner un artiste dans chaque catégorie en vue de la publication d’un roman issu de la nouvelle victorieuse.

           

Le Retour

 

            Voguons rapidement sur ces annexes visibles / audibles ICI.

 

            À mon sens, les courts sont beaucoup plus inégaux que le reste, mais tous ont le mérite d’exister. À voir après avoir lu la nouvelle.

 

No Futur

 

Certains s’attachent à raconter l’histoire comme pour No Futur (Christian Fauveau) ou Papa-Neige et Maman-Soleil (Floriane Barlier). Parti pris pas toujours simple que de rendre l’ensemble avec justesse et des moyens souvent limités. D’autres contournent le problème en ne s’attachant qu’à une partie de l’histoire, souvent le début comme le Retour (Florian Wendling), réussi en particulier côté décor et costumes.  Certains courts sont plus proches de la bande-annonce comme Une Chambre Hors du Temps (Nicolas Deze) au montage bien réalisé.

 

Maillage

 

Plus audacieux, certains réalisateurs s’éloignent de la nouvelle, principe que j’ai fort aimé. Le silence du Hâl (Lucas Debris) nous conte un futur possible à la nouvelle. A.M.E (Hélène Cruciani) est une publicité pour l’entreprise Après-Morte Electronique, un peu macabre au début, mais très pertinente (n’oubliez pas de profiter de leur promo). J’ai également très apprécié Maillage (Maxime J. Richard) aux images électroniques hypnotiques et à la prose rimée envoûtante.

Notons deux travaux à part : Les Walkyries de Lofsöngur (Guillaume Beck) qui a opté également pour une bande-annonce, mais en version animation 2D et l’OVNI qu’est Au temps pour moi du très cérébral Olivier Portejoie.

 

Les Walkyries de Lofsöngur

 

Je ne m’étalerai pas sur les réalisations musicales, plus complexes pour moi à explorer. Nous passons d’un certain classicisme à une modernité synthétique, de bande-son générique à des déroulés suivant la lecture et bien d’autres. Mon attention (et donc mes votes) s’est arrêtée sur quelques-unes, comme Les Walkyries de Lofsöngur (Hervé de la Haye) aux envolées wagnériennes, ou Katastophic Tour (Djaffar Lebdiri) qui marque parfaitement les différents temps de l’histoire avec force lorsqu’il le faut, ou enfin Embourbé (Victor de Lipski) aussi troublante qu’une errance dans un marais temporel.

 

Côté illustration, vos rétines se régaleront de la diversité, rien n’est à jeter, soit par la qualité graphique, soit par le style, soit par la mise en scène. Toutes sont en adéquation avec le texte, parfois explicites, parfois intrigantes.

 

A bas l'Empire ! A mort le Temps !

 

Vous ferez donc le grand-écart entre

* le style sombre et composé de A bas l’empire ! À mort le temps (Cédrick Towa) et le tracé presque manga de Maillage (Laurent Lemaître) ;

* Le cauchemar underground de Rêve de Mark 13 (Sara Lechat Price) et la BD à la française de Katastrophic Tour (du talentueux Jean-Mathias Xavier qui illustre aussi No Futur) ;

 

Katastrophiq Tour

 

* La peinture réaliste de Le Retour (Fabrice Bertolotto) et l’élégant crayonné symbolique de Le Baptême (Nadia M) ;

* La contre-plongée d’Au temps pour Moi (Anthony Rubier) et la réalisation rétro-pulp de Les Walkyries de Lofsöngur (de l’illustre Michel Borderie).

Bref du très beau, du très bon.

 

Le baptême

 

Venant-en au noyau de Revenir de l’Avenir ; un sujet complexe et a priori restrictif : on va vous parler de voyage dans le temps.

Un thème difficile en soi, car la cohérence de l’histoire tient à peu pour les plus cartésiens et dépend beaucoup de son concept du temps : linéaire, prédestiné, chaotique, aberrant, multiple ou aux réalités parallèles. D’ailleurs, je m’y suis risqué, mais ma nouvelle n’a pas été retenue ; moi-même je ne la trouvais pas forcément totalement aboutie, mais je ne suis pas fan du sujet « Voyage dans le temps » non plus (Néanmoins, vous pouvez la lire dès à présent sur mon site – n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez en commentaire à cet article, sur ma page Facebook).

Mais revenons aux auteurs sélectionnés.

Si certains se sont talentueusement arrêtés à « j’envoie mon personnage physiquement dans l’avenir et le fait revenir » d’autres ont su aborder d’autres voies. Comme je l’ai évoqué, rien à redire sur les qualités d’écriture des différents auteurs (es) et mis à part une nouvelle qui ne m’a vraiment pas séduite, une autre pour laquelle je suis mitigé, toutes les autres ont retenu mon intérêt pour des raisons diverses.

 

La Flamboyante (illustration de Pierre Toranzano)

 

Explorons ces futurs si présents :

* Faire un aller-retour physique dans le futur se retrouve entre autres dans les Walkyries de Lofsöngur (Philippe Caza – le célèbre illustrateur, BDiste, noveliste). Une de mes nouvelles préférées pour son côté rétro amusant, reprenant une partie des standards du genre.

* La fameuse boucle temporelle se retrouve çà et là et en particulier dans Étoile Noire (Philippe Auréle Leroux) qui s’amuse dans un style rétro-futiste ou space-punk.

* Le retour dans le passé (à la limite du sujet donc) est développé à grande échelle dans Le Retour (Guillaume Casabianca) qui ouvre des possibilités fortes intéressantes et une réflexion profonde sur nos choix alors que l’on connaît l’avenir.

* La tentative de changer le passé et donc le présent, se retrouve forcément dans divers écrits dont Katastrophic Tour (Lionel Pasquier) avec une approche originale et une dénonciation de notre voyeurisme le plus glauque mise en avant. Une chambre hors du temps (Arnaud Dridi) est également très innovante dans cette catégorie.

* L’exploration virtuelle des avenirs possibles se joue dans plusieurs nouvelles. Sur le sujet, Maillage (Cécile Dibard) a ma préférence pour son univers sous-jacent empreint de totalitarisme. Rêve de Mark 13 (Aaron Judas), un peu ardu, est également notable par le style particulier de l’auteur, à la fois sombre, moderne et intelligent.

 

Rêve de Mark 13

 

* L’exploration génétique de l’avenir de la nouvelle Le Baptême (Sarah Giron) par les implications encore plus poussées que la précédente a également retenu mon attention. Effroyable sujet que la prédétermination génétique.

* Voir l’avenir lointain et immédiat grâce à un don est exploité dans la nouvelle d’héroïc-fantasy La vallée de Lora (Norman Jangot) ou dans A bat l’Empire ! À mort le Temps (Guillaume Bièron) plus difficile à situer. Deux utilisations de cette capacité par un texte plus léger et un autre sur un fond de totalitarisme religieux.

* Mais l’avenir, c’est aussi la mort. En revenir (ou l’esquiver) est-il possible ? A.M.E (Pierre Gévart) se le demande via la technologie alors que la nouvelle hors-concours La Montagne-Dieu (Yvan Barbelette) nous fait approcher le divin – un récit très réussi.

 

Au temps pour moi + dédicace d el'illustrateur

 

* Et puis, il est possible de se perdre dans les réalités multiples. Quelques gouttes de thé (Audrey Pleynet) est un peu à l’étroit dans ce format tant elle explore des possibilités aussi intéressantes les unes que les autres. Terres Grises (Philippe Deniel) apporte un décor très innovant à la fois pour la construction d’une ligne temporelle et pour les interactions entre les différentes réalités.

* On peut également se retrouver soi-même (ou se perdre) tel ce qui arrive au héros d’Embourbé (Audrey Salle) – thème et principe qui rappelle celui de ma nouvelle (à lire sur mon site). C’est aussi le discours plus humoristique d’Au temps pour moi (Xavier Lhomme) avec ses clones temporels.

* Autre type de clone : celui de la Flamboyante (Célia Ibañez) pourchassé par des primitifs cannibales alors même qu'il porte le destin d'un monde autour du cou et qu'il ne lui reste que des souvenirs d'une technologie futuriste.

 

Embourbé

 

Comme vous pouvez le voir une belle brochette auxquelles s’ajoutent quelques autres nouvelles en lice pour le concours Mille Saisons.

Sans oublier les deux derniers récits de l’anthologie rédigées, illustrées, mises en musique (non trouvée sur le site) et en image par des élèves de quatrième ; un résultat dont beaucoup de créateurs n’auraient sans doute pas été capables à leur âge. Bravo à eux.

 

Une Anthologie que je ne peux que vous recommander, aux Éditions du Grimoire, site sur lequel vous pourrez retrouver aussi les trois précédentes dont Tombé les Voiles qui contient mon récit Un dernier point de vue.

 

Ma chronique de "Du plomb à la Lumière" et celle de "Tombé les Voiles"

REVENIR DE L'AVENIR : un recueil réussi.

Si vous êtes épris de recueil de nouvelles, je me dois également de vous inciter à découvrir la Collection « Nouvelles Graines » des Editions Kelach

Tag(s) : #Chronique Littérature
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :