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DES HOMMES, une guerre qui n'aurait pas du avoir lieu.

« La guerre d’Algérie » (1954-1962), voici un sujet qui demeure, encore aujourd’hui un sujet délicat, même presque tabou en France, il semble pourtant y en avoir beaucoup à dire, bien plus que ce que l’on a pu m’enseigner au lycée – un conflit presque passé sous silence et bien plus que ce que mon père a pu m’en dire.

En effet, comme d’autres, il est parti faire cette « sale guerre », sans conviction, sans volonté. Même s’il n’était pas en accord avec les colonies, Il n’a pas refusé de la faire ou déserté comme certains. Je ne lui jetterai pas la pierre, qui sait ce que j’aurais fait dans de telles circonstances. De ce que je sais, appelé pour son service, il est passé de l’Allemagne à l’Algérie dans les débuts de celles-ci. Il n’a toujours évoqué que quelques rares souvenirs, certains angoissants, d’autres terrifiants d’horreur, la plupart anecdotiques.

Une pudeur, un refus de se souvenir de cette guerre, d’une guerre aussi effroyable que toutes les guerres, qui plus est pour une mauvaise cause, une cause perdue d’avance tant les colonies n’avaient pas / plus lieu d’être.

 

Des Hommes : Gérard Depardieu et Jean-Pierre Darroussin

 

C’est ce même traumatisme que l’on retrouve chez Feu-de-bois (Gérard Depardieu) et Rabut (Jean-Pierre Darroussin) devenus adultes. Un dégoût teinté de cauchemars et de honte. Un message universel des conséquences de la guerre que le scénario exprime parfaitement, chacun y réagissant à sa manière propre.
Ces deux acteurs majeurs, ajoutés de Catherine Frot (Solange) ne racontent pas l’Histoire, mais bien les conséquences de celles-ci sur leur histoire personnelle qui se teinte d’autres drames et d’un jeune Feu-de-bois qui avait déjà une certaine amertume de la vie avant-guerre.

 

Des Hommes : Catherine Frot

 

Le scénario (Lucas Belvaux aux manettes) fait un habile aller-retour entre le présent et l’époque de la guerre où les deux personnages Bernard alias Feu-de-bois est incarné par Yoann Zimmer et Rabut pas Édouard Suipice. Cette jeunesse est sacrifiée à une ambition hégémonique. Ils partent avec une certaine innocence qui sera broyée par la cruauté. Entre ceux qui croient à un juste combat que de conserver les colonies, ceux qui se battent pour la patrie et ceux qui sont résignés à une guerre qu’ils ne cautionnent pas, le débat est ouvert, certes en sourdine, mais il est là.

 

Des Hommes, Yoann Zimmer

 

Le film esquive l’horreur directe par les images, mais la suggestion par les mots, les regards, les situations et les sentiments est bien assez forte pour nous faire comprendre l’infamie des conflits.

 

Loin d’être partisan, Des hommes conservent l’objectivité de l’humain. Je veux dire par là qu’il n’y a pas d’un côté les méchants colons (même si la colonisation et naturellement désavouée) et les gentils résistants, il n’y a que des hommes y compris ceux qui sont pris entre deux allégeances qu’ils soient des expatriés vivants et aimants l’Algérie ou des natifs ralliés à la cause française. Si le destin est tragique pour tous, il l’est encore plus pour ces derniers abandonnés par la France.

 

Tiré de l’ouvrage de Laurent Mauvignier, Des Hommes est un film fort qui m’en aura appris un peu plus sur la guerre d’Algérie et un peu plus sur mon père.

Un film pudique, intelligent et sensible avec des acteurs crédibles.
Un film sur la Guerre d'Algérie, un film sur les conséquences de la guerre, un film sur des hommes.

DES HOMMES, une guerre qui n'aurait pas du avoir lieu.

Dans une autre genre mais qui s'intéresse également aux traumatismes liés à la guerre, je peux vous conseiller le roman de Delfyne Gwenn : Clair de lune, premier tome de la trilogie l'Héritage des Feä.

Tag(s) : #Chronique Cinéma
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