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TROIS OBOLE POUR CHARON, que le repos vous soit refusé !

L’écriture de Franck Ferric m’a séduite dès la loi du désert par sa capacité à instaurer le background. Il fait jaillir les atmosphères de ces mots. Textures, odeurs et moiteurs imprègnent les pages de ses romans et infiltrent nos sens.

Dans Trois oboles pour Charon ce n’est pas le sable qui s’infiltre sous nos ongles, mais la crasse, le sang, mais aussi les cendres du monde et du domaine des morts. La guerre ou plutôt les guerres sont là, impérissables, redondantes, fratricides et sanglantes, comme la triste réalité le prouve encore une fois.

Car c’est là, l’un des thèmes de ce roman : l’irrémédiable nature des hommes à se faire la guerre. Charon y voit une essence de vie de l’homme ; pas sûr que nous soyons d’accord avec cela.

Le passeur d’âme est à la fois le bourreau du héros, mais aussi condamné indirectement tout comme lui à une éternité de répétition. Portrait ciselé à la plume par Franck Ferric, son Charon est une incarnation à la fois de la Mort et d’un serviteur obligé teinté d’un certain sadisme. À chacun de faire la part des choses.

Il attend à l’infini l’obole du héros du livre. À chaque mort, celui-ci retourne sur les rives du Styx, sans une pièce en poche, devant errer jusqu’à retourner une fois encore parmi les vivants et la guerre. Il roule sa vie, parfois courte, sans mémoire et marquée de celle d’avant jusqu’au sommet qu’est la mort pour être renvoyé en bas, à la vie. Car ce héros comme cela l’est heureusement dit sur la quatrième n’est autre qu’un massif Sisyphe.

Je dis « heureusement » parce que sur un bon premier tiers du livre, il n’est pas nommé et faute de mémoire, sa destinée nous paraît ne pas pouvoir avancer et assez vite j’ai craint à une répétition lassante, d’autant que l’écriture de Franck Ferric si elle est évocatrice, elle est aussi, particulièrement ici, dense, recherchée et parfois un peu complexe. Cependant la situation se débloque et l’histoire peut avancer ravivant l’intérêt du lecteur à cette quête peut-être perdu d’avance.

Une vision expressive d’une pensée s’étend donc sous le clavier de l’auteur, nous sortant des sentiers battus. Une réflexion sur la nature humaine, sur la cruauté divine, sur une certaine absurdité de la vie et peut-être sur un possible espoir en la force de vivre, celle d’atteindre un but.

TROIS OBOLE POUR CHARON, que le repos vous soit refusé !
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