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« Grosse is beautiful », un titre antinomique avec le contenu du livre.

« Avoir des mensurations extra-larges et être heureuse » peut-on lire en quatrième de couverture ; rien d’évident en cela dans la vie de la narratrice.

 

Grosse-is-Beautifull.jpg

 

Cette narratrice a donc des formes plus que généreuses (nous apprendrons qu’elle fait plus de 140 kilos) et si elle ne présente pas de pathologie physique, il semblerait tout de même que l’on puisse parler d’obésité morbide. Il faut aussi préciser que sa poitrine est des plus imposantes (si je cite ce détail, c’est qu’il a son importance et ce n’est pas lié à un quelconque fantasme masculin).

 

            Si la narratrice (non prénommée) a ces formes, ce n’est pas lié à un dérèglement hormonal, ni a une idée première de la beauté féminine mais à un rejet d’une éducation familiale stricte. Enfant et adolescente, elle avait un interdit ferme d’excès alimentaire en particulier de toute forme de friandises ; pour ses parents, l’aspect physique (et donc la paraître) était essentiel.

            La majorité arrivée et le départ salvateur de la cellule familiale entraine aussitôt la narratrice à une boulimie d’opposition à ses parents. Elle ne grossit pas par envie d’être grosse, elle grossit du fait d’une « révolte morale ».

  

          Le problème est que pour la narratrice « grosse is not beautiful » quoiqu’elle (ou l’auteur) veuille essayer de croire. Elle tombe donc d’une frustration à une autre : celle du regard des autres sur elle et plus encore de son propre regard sur elle-même.

            L’auteure, Roman Brooks, en profite pour dénoncer ce « regard » sur l’autre ou plutôt sur la différence de l’autre, mais aussi la difficulté de s’accepter soi-même tel que l’on n’est /nait.

            Et pour ce qui est de s’accepter, la narratrice est loin du compte. Amère, elle en vient à détester les autres (tous les autres à en devenir méchante), autant qu’elle déteste son corps. Elle a la haine, comme elle le dit et « nous emmerde » ! Certes, mais ce rejet et son isolement ne semble que refléter sa propre animosité envers son corps et au-delà de son physique, d’elle-même.

 

           Quant à sa « quête du Prince Charmant », elle prend une forme très perverse. Convaincu que ses « «énormes nibards » sont un atout qui font fantasmer tous les hommes (ce qui est faux), elle n’attire à elle que des obsédés des grosses poitrines et des grosses en général (histoire de se faire une grosse une fois pour voir). Bref que des vicieux pervers et sous prétexte d’assouvir des désirs physiques légitimes, elle s’abaisse plus bas que terre en des relations ponctuelles dégradantes (cf le « vachophile », un passage très choquant). On est bien loin du prince charmant.

 

            Pendant les deux tiers du roman (les deux premières parties), Roman Brooks nous exposent donc les pensées et état d’âmes de sa narratrice en une écriture saccadée, souvent brutale et parfois crue ; une forme qui convient tout à fait à cette incartade dans l’esprit d’une narratrice en mal de vivre.

            La troisième partie, dont je parlerai moins pour préserver la découverte, opère un tournant lent et partiel dans la vie de la narratrice qui se reflète dans le style d’écriture. Va-t-elle trouver une forme de bonheur ? Un début d’acceptation ? Un changement de mentalité vis-à-vis des autres et de cette haine qu’elle éprouve pour le monde entier ? Rien n’est moins sûr.

 

            Si « Grosse n’est pas si beautiful » que cela à la lecture, ce roman nous interpelle dans sa forme et dans la détresse de la narratrice si mal dans sa peau et donc dans le monde.

            Le roman s’attarde peut-être un peu trop sur la haine de la narratrice et sa paranoïa exagérée vis-à-vis du regard des autres (non, tout le monde ne se moque pas des personnes fortes), mais ce n’est là qu’un léger défaut qui, finalement, reflète le triste état d’esprit de la narratrice.

            J’ai apprécié ce roman qui pourra en mettre mal à l’aise certains (cf la personne à qui je l’ai offert au départ qui a trouvé « la narratrice trop haineuse et trop méprisante envers les gros allant jusqu’à des actes dégradants : de sa quête pour une glace à son attitude sexuel »).

Quant au style, il convient tout à fait à ce récit psychologique.

 

Et l’auteure au pseudo de Roman Brooks me demanderez-vous ? J’ai eu le plaisir de la rencontrer lors d’une dédicace commune et je peux affirmer qu’elle n’a ni la physique de sa narratrice, ni,  a priori, la mentalité négative de celle-ci envers les autres.

Alors d’où vient l’idée de son roman au rendu si réaliste et ce personnage de grosse ? Pure invention ? Ras le bol d’une société qui juge d’emblée sur la paraître ? Réaction face aux désidératas d’une amie ? Ou dérive littéraire d’un complexe personnel autre ? Je l’ignore et le mystère restera entier.

 

 

Je vous invite donc à découvrir « Grosse is beautiful » de Roman Brooks, publié par Edilvre.

 

Le blog de l'auteure : http://roman.brooks.free.fr/ que vous retrouverez aussi dans ma liste de liens.

 

 

Tag(s) : #Chronique Littérature

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