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Une émission qui fait froid dans le dos.

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Pour ceux qui ne l’ont pas vu : le principe est la reconstitution télévisuelle d’une expérience des années soixantes visant à juger du degré d’obéissance à une autorité. Le cobaye croit être un candidat participant à la dernière élaboration d’un jeu télévisé. Il n’a rien a gagné même s’il joue dans les conditions de l’émission donc avec un public. Le but : poser des questions à un quidam, lui aussi candidat. Ce dernier est isolé, attaché et relié à des électrodes aptes à lui faire subir des chocs électriques. Le cobaye pose les questions et à chaque mauvaise réponse inflige la punition. Les chocs s’accroissant de 20 volts à chaque fois, pour finir au-delà des 400 volts considérés comme dangereux. Seul le cobaye peut choisir d’arrêter le jeu. Sauf que le public et le candidat électrocuté sont faux et que les chocs n’ont pas lieu ; mais le cobaye l’ignore. Il entend donc les petits cris, puis cris, puis suppliques d’arrêter de l’acteur, puis plus rien pouvant laisser croire qu’il s’est évanoui.

Le tout étant organisé par un groupe de scientifiques, on peut supposer que les 80 cobayes sélectionnés sont représentatifs de la population et qu’il n’y est pas de biais de sélection qui pourrait fausser un peu le résultat. Car le résultat est édifiant : 81% des cobayes vont jusqu’au bout. Soit 19% de plus que l’expérience des années 60 mise en place dans un cadre scientifique et non télévisuel.

L’analyse exposé des résultats est fort intéressante et tend à montrer que seul et fasse à une autorité présente nous sommes capable du pire, en théorie jusqu’à mettre en jeu la vie d’une personne inconnue. Si cette différence de 19% semble être mise sur le dos de l’autorité supérieure qu’est devenue la télé dans notre monde, ne peut-elle pas être mise aussi sur l’évolution des mentalités et la banalisation de la violence, voir de la cruauté de nos jours ?

Reste que notre obéissance mécanique, « équipée » à une autorité sans aucune rébellion face à celle-ci est assez éloquente et effrayante puisqu’elle va jusqu’à balayer notre sens moral. Acteur, mais non coupable puisqu’exécutant les ordres d’un supérieur hiérarchique, qui dans ce cas n’est pas une menace – contrairement par exemple à une hiérarchie militaire pouvant vous inculper et vous punir sévèrement (et je n’excuse rien ici). L’autre élément inquiétant est qu’ici, il n’y a aucune « carotte » à l’arrivée, ni pour soi, ni pour le faux « torturé ».

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Au-delà de cette obéissance aveugle effrayante, se pose la question du pouvoir télévisuel qui s’affirme là comme une véritable institution d’autorité. Alors que sans même réfléchir, consciemment, elle n’est rien, qu’une représentation altérée de la réalité. Reste le problème de notre subconscient et de ce qu’il enregistre de la télévision qui après dormir est, en moyenne, notre première activité avec 14 ans de télé pour un individu contre 9 ans de travail. Ca fout la trouille !


La télé est devenue une part dominante de notre vie, donc de notre éducation au moins inconsciente, véhiculant des valeurs morales et éthiques. Et c’est bien là un autre problème que touche du doigt l’émission : la télé change et nous ne pouvons que le constater. C’est avec horreur que nous découvrons au début du reportage des émissions de télé réalités les plus odieuses : des épreuves que l’on peut qualifier de torture dans des jeux asiatiques, de la dissection de véritables cadavres à la télé ou du gars qui joue à la roulette russe en direct (léger différé) sur une chaine anglaise.


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A cela, bien sûr il faut ajouter, les jeux où l’on inflige aux candidas des épreuves humiliantes (genre manger des trucs pourris ou se faire « insulter » à chaque erreur), bien loin d’épreuves plus gratifiantes comme dans Fort Boyard.

Ne devons-nous pas, à un moment donné nous demander quelles sont les valeurs que peut transmettre ce genre de programmes où écraser l’autre à tout prix n’est plus qu’un jeu, où rabaisser l’autre fait rire et où blesser physiquement ou moralement l’autre devient acceptable ? A l’heure où l’on prône (à raison) le RESPECT de l’Autre ou de Soi auprès de tous et en particulier des jeunes, n’y-a-t-il pas une antinomie flagrante ? Quelle morale voulons-nous apprendre à nos enfants ?

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Et là, il ne s’agit pas de viser que certains jeux télévisés, mais aussi de nombreux programmes où la morale devient plus floue. Actuellement le plus flagrant est sans doute Dexter qui justifie ses meurtres par une sorte de justice que lui seul semble à même de rendre, tel un juge et un bourreau de loi divine. Mais on peut aussi voir un Jack Bower qui pour atteindre un but certes louable, use de moyens les plus ignobles et moralement condamnables (de la torture au meurtre de sang froid).

Et ne croyez pas que cette tendance ne touche que les séries télés, ouvrez donc un BD Marvel et vous verrez que ces chers héros, des X-men en passant aux Vengeurs (et je n’évoque pas les Darks Avengers) n’hésitent plus sur les moyens passant outre les innocents (le Fauve fait sciemment voler en éclat un monde avec peut-être des innocents) et à se proclamer sans complexes ni remords, juges et exécuteurs (X-Force). L’éthique héroïque reste plus marquée chez DC.


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On pourrait évoquer aussi la délicatesse de Dr House avec ses patients ou ses subordonnées ou les détails glauques de toutes ces séries d’investigations policières (loin de Starsky et Hutch), sans parler de Nip Tuck. A cela il faut ajouter la violence de plus en plus présente dans les films avec une escalade dans l’horreur de Saw à Frontière, comme si un Alien ne pouvait plus suffire à effrayer nos adolescents… et bien sûr n’oublions pas les jeux vidéos de plus en plus « réalistes » et amoraux où tuer (voir torturer ou violer) devient un jeu, voir un défit. (A ce propos JP Chaumette use très bien de cette idée dans l’Arpenteur des Mondes, chez Poche)

De mon point de vue, le problème n’est pas l’unicité d’un programme, d’un film, ou d’un jeu vidéo, mais la répétition de ces expositions qui plus est par un média, la télé, qui semble avoir pris un rôle tutélaire comme l’a montré « le Jeu de la mort ». Nous sommes consciemment et surtout inconsciemment bombardés de ses données où la morale vire au noir ou au rouge sang.

Quand je dis « nous », j’évoque les adultes mais aussi les ados « en construction physique et mentale» et aussi nos enfants, encore plus réceptifs. Certes, vous allez me dire, mais que font vos enfants devant Dexter ou un jeu interdit au moins de 18 ans ? En l’occurrence, les miens, rien, car, avec mon épouse, nous avons la possibilité qu’ils ne soient pas souvent seuls (donc à pouvoir regarder ce qu’ils veulent), qu’ils n’aient pas la télé dans leur chambre, ni accès à Internet sans nous et des jeux choisis pour leur âge. Mais tous le monde n’a pas cette chance et même en étant attentif, cela n’a pas empêché ma fille de 7 ans de tomber sur un Lanfeust Mag aux images plutôt difficiles (Qui a dit que ce magazine de BD était encore tout public ? Même 12 ans cela me parait parfois limite !). Et que dire de la liberté que nous donnons à nos ados, les considérant, sans doute à tort, comme psychologiquement mature, faisant confiance à leur inconscient pour gérer les données (opposition freudienne du ça et du surmoi).

Bref, notre Moi doit désormais se construire avec tout cela et en particulier tout ce que peut véhiculer cette télé (tout n’y est pas négatif, mais 14 ans de notre vie tout de même !). Alors si le mot CENSURE me hérisse le poil dès que l’on parle d’idéologies ou de liberté de la presse - censure mot aux connotations de triste mémoire politique ou religieuse - ne doit-on pas, aujourd’hui, s’inquiéter que l’autocensure morale n’existe pas, généralement sacrifier sur le saint-hôtel de l’audimat, de la rentabilité, bref du fric ?

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La question est ouverte et vos commentaires sont les bienvenues sur cette courte réflexion, donc forcément imparfaite par le condensé que j’ai pu faire de ce que m’a inspiré « le jeu de la mort ».

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