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     Dernier livre en date des frères Bogdanov, « La pensée de Dieu » traitre d’un sujet qui leur ai cher : les mathématiques et la création de l’univers, voyant en l’organisation précise et inéluctable de notre réalité une « harmonie préexistante », un impératif informationnel.

                                  

     Une grande partie du livre remonte aux origines de ce concept (fin XVIIIème pour l’essentiel). Les Bogdanov évoquent les grands noms de mathématiciens et de physiciens ayant participé à l’interrogation de cet ordre préétabli à travers la spécificité et l’étrangeté de certains nombres (π, la suite de Fibonacci avec le nombre d’or, …), mais aussi ceux ayant contribués à la théorie du Big Bang et d’un univers fini. Ils s’attardent brièvement sur la vie de ces génies précoces  de Hilbert à Higgs, en passant par Minkowski, Planck, Sommerfeld, Hurwitz ou Ramanujan.

     Pas à pas et lentement (trop lentement) les deux frères avancent vers les forces élémentaires (Gravitation, forte et faible) déjà determinées presque à la naissance de l’univers, entre l’instant T0 et le temps de Planck (incommensurablement petit, puisqu’il représente à peine une fraction, de fraction de milliseconde). Ils y ajoutent le Boson de Higgs (la particule de Dieu), champ induisant la masse de tout élément dont l’existence vient d’être confirmée au LHC (Large Hardron Collisionneur) européen. Ils font remarquer que si les constantes absolues des lois physiques étaient légèrement différentes, notre univers n’aurait pas pu exister. Ils sautent allégrement le pas pour en conclure à un déterminisme pré Big Bang.

     Ils s’appuient pour cela aux conditions de l’univers à T0 et des différentes théories exposées dans le livre. Plus on s’approche de T0 (la naissance de l’univers) et plus l’univers est infiniment petit (bien plus petit qu’un atome), extrêmement dense et chaud (bien plus – et c’est un euphémisme – que le cœur du Soleil) au point qu’à T0, il est si singulier que toute notion physique habituelle devient obsolète : ni matière, ni énergie, ni temps. De là ils déduisent (même s’ils admettent qu’il ne s’agit que de supputations théoriques)  que, selon le principe de la thermodynamique développé par Botzmann, si l’entropie est nulle, l’information est maximale comprendre presque infini (en tout cas incommensurable).

     Il pousse le raisonnement avant le Big Bang ou l’univers préexisterait sous forme d’information tel un CD attendant d’être lu, retrouvant le principe de l’Information, théorie très à la mode actuellement.

 

     Cette analyse étant faite, peut-on dire que se livre à valeur de démonstration ? Voir de démonstration rigoureuse de cette théorie qu’ils ne sont pas les seuls à soutenir ?

     Et bien non, il relève plutôt de la profession de foi.

    Igor et Grichka n’affirment d’ailleurs pas la véracité de leur théorie, parlant de « supputation » qui découle de divers éléments tendant vers un faisceau de probabilités. Il est clair dans ce livre que les jumeaux portent une adoration aux nombres et à leurs mystères, en faisant de fait les briques de la réalité, lui préexistant même. La réalité découle de quelques constantes incontournables préétablies. Dieu est un mathématicien et non un architecte pour caricaturer leur pensée.

     N’étant qu’un béotien, j’ai du mal à concevoir cette logique, étant plus à même de suivre un raisonnement inverse. La réalité est telle qu’elle est, et la physique et les mathématiques n’en font que décrire ses différents aspects, cela même si quelques nombres ont des particularités mathématiques extraordinaires. La réalité préexiste aux théories et non l’inverse.

     Ce à quoi les Bogdanov me rétorquerons sans doute que la probabilité d’existence de notre univers et si infime (puisqu’il suffit de changer de quelques décimales une des constantes fondatrices pour que le Big Bang ne puisse avoir lieu) qu’il doit forcément y avoir un « plan » précédent la naissance de l’univers pour qu’il existe.

     Ce en quoi, je répondrai non. Mieux j’expose mon point de vue.

     Rappelons-nous qu’à l’instant zéro du Big Bang le temps n’existe pas. Aussi difficile à concevoir que cela soit, à T0, il n’y ni futur, ni avenir, ni même présent (pas plus que d’espace d’ailleurs). Imaginons donc que le Big Bang s’initie avec les mauvaises constantes et s’effondre avant même d’exister. Premier essai raté, passons au suivant jusqu’à arriver au seul viable qui peut induire un univers cohérent (et je n’évoque même pas la théorie des boucles qui me permettrait de parler de multiples univers…).

     Mais Igor et Grichka me rétorqueraient de concert que les possibilités sont infinies, tout autant que les formes des flocons de neige dont ils parlent dans leur livre.

     Sauf que – mais je me trompe peut-être – il y a une différence entre un nombre infini et un nombre incommensurable et ils semblent faire l’amalgame. Le nombre de combinaisons d’organisation des multiples molécules d’eau contenu dans un flocon est certes inimaginable voir incalculable, mais certainement pas infini. Si ce nombre rend plus qu’improbable de croiser dans l’univers deux flocons identiques, cette possibilité n’est sans doute pas nulle puisque le nombre n’est pas infini. Il en va de même pour les constantes qui restent en un nombre assez limité même si leur déclinaison est elle plus qu’incommensurable. Leur combinaison est donc incommensurable, voir tendant vers l’infini sans sûrement l’atteindre. Il est donc possible dans un temps infini (car inexistant) de démultiplier les essais avant de tomber accidentellement sur le bon équilibre permettant le Big Bang. Dans ces conditions, il n’y a pas d’impératif, mais que le hasard (ce qui, je l’admets peut-être bien triste).

     Bref personne n’a peut-être prédéterminé la création de l’univers, celle-ci n’étant du qu’au hasard même si elle ne pouvait qu’être. Ce qui exclut l’idée de Dieu.

 

     Mais justement qu’en est-il de Dieu dans ce livre tout de même intitulé « la pensée de Dieu » ? Et bien on se le demande puisque qu’Igor et Grichka n’abordent jamais le sujet de front, faisant référence à un « ordre préétabli », une « harmonie préexistente » ou à la « pensée de Dieu » jamais à Dieu lui-même ou à un quelconque Créateur omnipotent. Eludent-ils la question ou l’idée de Dieu est-elle d’un concept différent pour les scientifiques comme le suggère Gonzales-Mestres dans la postface ? Difficile à le dire, car faute de définir ce qu’ils entendent par « Dieu », le lecteur reste dans le flou total.

     Est-ce un choix délibérer ? Très certainement. Une théorie scientifique qui sombre dans la croyance serait, de fait, discréditée d’office par la majorité bien pensante. Mais est-ce là la seule raison de ce numéro d’équilibriste ou faut-il vraiment concevoir ce Dieu comme autre chose ? Mais alors quoi ? Il nous manque clairement un éclaircissement.

 

     Il faut bien avouer que le livre pèche aussi par sa forme. En jouant la vulgarisation absolue (et simpliste ?) et le divertissement par les passages presque romanesques sur la vie des scientifiques, le propos scientifique se noie quelque peu dans la lenteur. Ajouté à cela un superlatif omniprésent sur la grandeur des découvertes des grands mathématiciens géniaux, un bourrage de crâne sur « la pensée de Dieu » et une annonce quasi-répétitive des incroyables révélations du chapitre à venir est vous avez un livre plutôt indigeste.

     Comme je le disais, les Bogdanov font la profession de foi d’une théorie à laquelle ils adhèrent complètement et, faute d’une démonstration pertinente (qui serait sans doute trop complexe), ils nous l’assènent et tentent de nous en convaincre à grands coups de redondances, d’emphases et d’un champ lexicale surfant sur l’excessif.

                                             

     Certes, il n’est pas inintéressant d’entrevoir que tous ces mathématiciens et physiciens étaient des génies dès leur adolescence, que beaucoup se sont côtoyés dès le collège, fréquentant les mêmes établissements. Certes, pour les non-spécialistes que nous-sommes, nous touchons du doigt que leurs découvertes sont fabuleuses et révolutionnaires dans leur domaine, même si nous ne pouvons avoir l’admiration scientifique des Bogdanov à cet égard.

     Il n’en reste pas moins que ce livre est plutôt décevant , bien loin du ressenti que j’avais eu en lisant leur « Dieu et la science », mais il faut bien dire qu’à l’époque j’étais bien plus jeune et avec moins de connaissances sur le sujet.

     Finalement cet essai pourrait presque se réduire à l’avant-propos, les trois ou quatre derniers chapitres et la postface sans que l’on perde le propos.

Tag(s) : #Chronique Littérature
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