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DIVINES

Dounia (Oulaya Amamra) vit dans un bidonville auprès de sa mère célibataire et portée sur l’alcool. Au lycée, en compagnie de son indéfectible amie Maimouna (Déborah Lukuluena), elle suit des cours pour devenir hôtesse d’accueil, une perspective de vie qui ne l’attire pas. Elle veut gagner suffisamment d’argent et il semble facile de s’en faire en travaillant pour la dealeuse locale Rebecca (Jisca Kalvanda). Il lui suffit d’impressionner intelligemment la jeune femme pour que celle-ci lui donne quelques services à lui rendre. Mais, pour plus d’argent, Dounia semble prête à bien plus, entraînant dans son sillage Maimouna. Ce, même si le beau danseur Djigui (Kevin Mischel) lui a tapé dans l’œil…

Difficile de trouver beaucoup à dire sur ce film, tant il est réussi.

Pour son premier long-métrage la réalisatrice et coscénariste Houda Benyamina, nous plonge dans un univers où l’argent facile attire immanquablement les jeunes, tant l’avenir d’un smicar semble peu avenant et tant les sollicitations sont omniprésentes avec la publicité et la « nécessité » de posséder la dernière technologie en date. Il est d’ailleurs très symbolique que les deux amies pensent utiliser leurs premiers gains pour s’acheter des chaussures de marques… Ou quand le logo définit l’identité et le statut !

                     

Les personnages du film n’ont rien de monolithes à une seule facette, tous ont une profondeur. Aucun n’est juste que de la « mauvaise racaille » sans rédemption possible. Même Rebecca a ses bons moments, avec une gentillesse qui effleure et une sensibilité réelle.

Maimouna et, plus encore le rôle de Dounia, affiche une large palette de sentiments. Dounia est une fausse dure, rêche et tenace par nécessité, mais avec de la passion, de véritables sentiments d’amitiés et même de la tendresse envers sa mère. Elle a des rêves et retombe même en enfance comme lors de la scène de la fausse voiture qu’elle partage avec Maimouna. Une adolescente qui se perd pour l’argent, cet objet plus attirant qu’un Dieu et peut-être même que l’amour…

     

Maimouna, simple et solaire, est le côté pile de Dounia. Plus raisonnable, mais tout aussi riche d’espoirs, plus réaliste (la scène avec Rebecca lorsqu’elle parle de l’argent qu’il suffit de visualiser pour qu’il vienne est très représentative), mais aussi plus effacée et réservée. Dounia est son moteur, son rythme de vie.

Les deux font vraiment un bel ensemble. Une paire indissociable.

                         

Houda Benyuamina dépeint avec simplicité la misère des bidonvilles, un certain désœuvrement de la jeunesse et la violence possible qui peut en émerger, quitte à ce quelle se retourne contre soi. Aucun voyeurisme, dans cette histoire, car la scénariste nous parle avant tout d’hommes et plus encore de femmes.

La danse à la fois forte, instinctive et, au final, maîtrisé qui s’infiltre dans l’histoire peut se voir comme un miroir de la vie de Dounia, d’une existence entre douleurs, difficultés et beautés.

       

Le film nous emporte et l’inévitable fin nous déchire, d’autant plus qu’il est servi par des acteurs magnifiques. Magnifiques car ils sont beaux – Dounia en robe blanche est éblouissante. Magnifiques car leurs sourires et leurs joies de vivre inondent l’écran quand il le faut. Magnifiques parce que leurs jeux s’effacent devant leurs naturels. Cela vaut pour tous, Kavanda, Mischel, Lukumuena ou Oulaya Amamra qui, avec le rôle principal, a le loisir de passer de la petite dure, à l’enfant, à la boudeuse, à l’amoureuse parfois rétive, la provocatrice, l’amie, la fille, la femme et j’en passe.

                                                

Bref ce film est juste « Divines », sans doute le meilleur que j’ai vu depuis le début de l’année. Vous ne pouvez pas le rater.

Premier prix à Cannes (2016) et à la Quinzaine des Réalisateurs (2016), amplement mérités !

           

A déconseiller aux moins de 12 ans.

DIVINES
Tag(s) : #Chronique Cinéma
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