Comme tous les ans, en mai, je me trouvais aux Imaginales avec l’équipe des éditions Kelach et, comme tous les ans, j’ai craqué pour quelques nouvelles ou romans de mes amis auteurs, mais aussi pour ce roman. C’est bien plus le côté chamanique qui m’a intéressé au départ que l’univers Western steampunk.
Les revolvers pétaradent, les os éclatent, les chairs se déchirent. La Guerre des Jabots empoisse la terre d’un sang noir.
La poudre et le plomb sont les armes choisies par le baron de Parcendres pour réunir Les Baronnies sous son joug. Son ambition, obscène et sans gloire, gangrène le continent jusqu’aux petits villages comme La Creusée où vit Charlise. Arrachée à ses parents par la stratégie sans scrupule du colonel Dusneau, la gamine se lie, malgré elle, à deux hors-la-loi en cavale.
Aveuglés par leur orgueil, les humains ne voient pas la menace chamanique qui grandit dans l’ombre.
Derrière cette quatrième se cache une intrigue principale autour de laquelle se greffent de nombreux personnages. L’auteur, Arnaud Gazelles, réussit à réunir enfants, adolescents et adultes dans une épopée apte à toucher un large public. Mais attention quelques scènes sont violentes, donc à ne pas mettre entre toutes les mains.
Le récit se construit en partie autour de la jeune Charlise et de ses proches, dont son père Zaggo et son oncle Basile. Il commence par la conquête de la Creusée, ville minière de l’Est par Volzon, dont l’épouse est peut-être encore pire que cet ignoble individu. Autre couple qui sert le baron Salessy : Syvan et Mireïa. Eux non plus ne sont pas en reste de vilenies et d’horreurs. Eux non plus ne reculent devant rien.
C’est une des premières forces de l’écriture de l’auteur : ces personnages détestables au plus haut point. Mais les autres protagonistes, les « bons » sont loin d’être tout blanc, pas de jedi ici. Joseph peut avoir un côté héroïque et altruiste, il n’en est pas moins un ancien pistolero sanguinaire aux choix souvent centrés sur lui et son groupe, et tant pis pour les autres. Na’Wé n’a pas non plus les mains vierges de sang, même si elle a plus d’excuses.
Chaque personnage est donc un régal de personnalités torturées et blessées qui n’ont pas vraiment d’autres choix que de se résoudre à des solutions extrêmes face à des situations impossibles. Il faut dire qu’une guerre n’épargne personne.
J’ai bien apprécié que les différents personnages se croisent à un moment ou un autre de l’histoire, créant des liens entre eux. Je n’oublie pas Arsan et Joanne, deux de mes protagonistes préférés et très différents l’un de l’autre. Si Joanne est plus secondaire, elle n’en a pas moins une personnalité attachante, quant à Arsan, la destinée de ce pré-adolescent n’a rien de tendre.
Autre point fort de l’écriture, c’est la capacité de l’auteur à nous apporter des informations suffisantes sur son monde au bon moment du récit sans nous abrutir de données dès le début et sans que ce « manque » ne nuise au récit. Ces flash-backs construisent peu à peu l’univers et comblent les vides et interrogations que nous avons sur celui-ci ou sur le passé des personnages.
La mythologie qui tend vers le vaudouisme et des entités peu fiables et exigeantes est un régal en soi. Elle ajoute une touche dark à un monde qui l’est déjà beaucoup. Tant de sang pour si peu de certitudes… Le dernier tiers du récit nous permet d’en apprendre un peu plus sur cette sorcellerie, les reptans et les crapauds. Là encore, l’auteur nous gratifie d’un bel imaginaire cohérant.
Ce monde est sombre, je le répète, et nous voguons vers la dark fantasy. Comment ne pas y trouver alors un peuple soumis par des esclavagistes, la pire des barbaries ? Une description qui me semble juste sur bien des points. Effroyable là aussi, tout comme la guerre et ses exactions.
La mort est plus qu’au rendez-vous dans Balles perdues et pas toujours là où on l’attend. La survie l’est aussi, parfois presque improbable et souvent pas sans contrepartie.
Bien menée, cette histoire dont le deuxième tome venait de paraître aux Imaginales en mai quand j’ai acheté celui-ci est excellente et prometteuse. Nous avons affaire à un dark western steampunk étonnant, dense et original.
À découvrir.
Balles perdues.
Premier tome de « un certain goût de plomb ».
Auteur : Arnaud GAZELLE
Éditions : Oneiroi
Couverture : Elfenn
Publication : mai 2022
Imprimé en UE (et non en France, d’où le prix assez bas pour le nombre de pages)
Pages : 580
Prix : 29 €
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