Desmond T. Doss (Andrew Garfield) est né en Virginie. Son père Tom (Hugo Weaving) est un vétéran de la première Guerre mondiale qui a été au front en France, laissant derrière lui de nombreux amis. Une épreuve qu’il n’a pas surmontée. Dépressif, alcoolique et violent envers sa famille, s’il a bien une chose qu’il ne désire pas c’est que ses fils partent à la guerre.

Cependant, après l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais, l’Amérique rentre en Guerre contre le Japon et l’Allemagne. Après son aîné c’est son cadet Desmond qui décide de s’engager alors même qu’il se refuse à tuer, suivant en cela le commandement de Dieu « Tu ne tueras point » - nous sommes dans une famille croyante. Lui veut sauver les gens et pour cela devenir infirmier militaire.

Nous allons donc le suivre au sein de sa caserne dans sa position plus que compliquée d’objecteur de conscience qui refuse même de toucher une arme, puis sur le champ de bataille face aux Japonais jusqu’au-boutistes aux côtés de ses camarades soldats dont Smitty Ryker (Luke Bracey) et le capitaine Glover (Sam Worthington vu dans Avatar).

On pouvait craindre de trouver dans un tel premier rôle Andrew Garfield essentiellement connu pour son rôle dans Amazing Spiderman. Pourtant le casting se révèle parfait. Son immense sourire et ses yeux quelque peu larmoyants conviennent parfaitement à Desmond. Avouons-le, le personnage fait un peu grand niais, un heureux candide porté par une fois et une volonté immuable à sauver des vies. Un vrai gentil qui pardonne et ne juge pas.
Rien à redire non plus sur Hugo Weaving (Mr Smith de Matrix ou Elrond du Seigneur des Anneaux / hobbit). Si Tom est intolérable par sa violence et touchant, il est avant tout un homme brisé par la guerre, ce que l’on peut comprendre (d’autant mieux après avoir vu ce film).

En déplaise aux antimilitaristes primaires (dont j’ai fait partie dans ma jeunesse), l’armée n’est pas dépeinte en noir. Elle n’est pas non plus encensée (un peu tout de même). Si la grande camaraderie qui soutient les hommes est mise en avant, le film n’en oublie pas moins le rejet que les soldats peuvent avoir vis-à-vis d’un mouton noir (Desmond en l’occurrence), avec le soutien d’une certaine hiérarchie. L’esprit borné de quelques-uns est noté, mais également la recherche d’une solution face au problème réel que pose cet objecteur de conscience, sans juger la valeur des opinions de Desmond. Un respect qui m’a étonné (d’autant plus à l’époque) mais peut-être est-ce romancé ?

Au vu du titre et du sujet, on aurait pu craindre une indigestion de bondieuseries, mais en fait non. Mis à part le tout début et une image de fin (Desmond sur un brancard…), la parole de Dieu n’envahit pas le film. Finalement (et je l’espère), « Tu ne tueras point » est une phrase qui devrait être dans tous les esprits humains sans les dogmes ou la menace d’une quelconque religion pour nous l’imposer. Si Desmond a foi en Dieu, il représente aussi la foi en une conviction pacifique et salutaire plutôt que destructrice. C’est donc de cette valeur que le film parle avant tout, avant Dieu et la transcription de ses préceptes (ou de ceux de son fils).

La réalisation est magistrale, parfaitement dosée entre le début d’avant-guerre et la partie concernant la bataille qui conclue l’histoire de Desmond. Un calme (relatif) avant une véritable tempête. Si le scénario n’est pas de Mél Gibson, la réalisation est de lui et l’on reconnaît bien sa patte dans la longue scène d’affrontement. Si dans Braveheart il avait su nous plongé au cœur des combats comme jamais avant et dans Apocalypto avait su saisir la violence crue des rites mayas, ici il combine les deux. Dans mon souvenir, même la scène du débarquement dans le film "Il faut sauver le soldat Rayan" ne m’avait pas pris aux tripes comme cet affrontement. Aucune complaisance ici et il faut s’accrocher. Je dirai que la séquence dure dans les minutes, mais elle m’a paru interminable d’atrocité. Les corps tombent frappés par des balles venues dont ne sait où, ils explosent et les hommes se retrouvent déchiquetés, amputés, les flammes incinèrent, le sang coule, les gens hurlent et les explosions ajoutées des bruits de mitrailles s’imposent à nos oreilles. Après la tension de l’avant-combat pour laquelle la phrase biblique « je marche dans la vallée des morts » pourrait fort bien convenir, c’est l’horreur et un chaos accru par les mouvements de caméra et les angles de prise de vues. Pas le temps de s’appesantir sur ceux qui tombent morts ou simplement blessés.

Je n’aurai pas l’insolence et l’irrespect de dire qu’avec cette séquence, on sait ce qu’est la guerre. Non certainement pas, on s’approche de ce que ces situations peuvent être atroces pour ceux qui les vivent. Il faut un sacré courage tout de même et une forte conviction. Autant dire que l’on peut saluer les militaires qui s’engagent pour sauver et lutter contre le Mal (par opposition à ceux qui suivent aveuglément ou avec consentement les ordres de destructions).
Bien entendu Desmond qui a refusé d’infléchir ses choix et qui a tout de même pu devenir infirmier militaire (ce que vous comprenez dès les premières minutes du film puisqu’après nous sommes en flash-back durant 95% du film) va se singulariser durant cette bataille et, en particulier, une fois que celle-ci sera en pause.

Difficile d’y croire me direz-vous ? Sauf que cette histoire illustre des faits réels comme le confirment les images d’archives qui clôturent le film. Peut-être que le film embellit et amplifie certaines données, il n’en reste pas moins les chiffres et les faits. Impressionnant.
Finalement, peut-être pouvons-nous espérer en l’Homme ?
« Tu ne tueras point » (dont le titre original « Hacksaw Ridge » est bien moins parlant) est un film fort, parfois insoutenable (interdit au moins de 12 ans seulement, attention aux âmes sensibles tout de même) et incontestablement réussi.

