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SOURCE DES TEMPÊTES, de Nathalie Dau.

Nous voici plongés dans un monde médiéval teinté de magie et de quelques créatures fantastiques, mais surtout ne vous arrêtez pas à la banalité de cette entrée en matière où vous passerez à côté d’un roman passionnant.

Pour ce qui est des créatures, vous n’en croiserez que peu dans ce roman, même si les fées sont là, quelque part dans la vaste Forêt Bleue ou si la couverture implique quelques apparitions plus volumineuses, elles ne seront que fugaces. Seule la belle Ölinelle marque de son emprunte partiellement rive le récit que fait Cerdric de sa vie.

Quant à la magie est le tenant des religieux qui se scindent en deux groupes, les adeptes de la Loi et ceux du Chaos et une douzaine de dieux. Enfin quand je dis 2 groupes, c’est - comme il est expliqué dans le prologue – surtout du fait que la troisième faction, celle de l’Équilibre représenté par les mages bleus a été exterminée par une coalition des deux autres.

Nous allons donc suivre le seul descendant des mages bleus : Cerdric. Sa naissance se fit in extremis et dans la douleur. Celle de son père tout d’abord. Kéral (dernier mage bleu ayant survécu à l’extermination) a fécondé la mère de l’enfant juste avant d’être emprisonné, dépouillé de son drac (source de sa magie), castré et banni. Celle de sa mère, Nérasia qui dut accepter de donner descendance à Kéral par celui-là même auquel elle était promise, Ardégyl, seigneur de la contrée. Autant dire que l’ambitieuse déteste Cerdric et lui a toujours fait comprendre et même le soutien d’Ardégyl ne suffit guère à éloigner cette tempête.

Pire encore pour Cerdric, alors qu’il est l’enfant devant réaliser au-delà de la mort des mages bleus la destinée de ceux-ci et de leur ordre, il s’avère être né réfractaire, c’est-à-dire sans aucune sensibilité à la magie… Tous ces sacrifices pour rien ?

Peut-être pas, bien sûr, car Cerdric, une fois qu’il aura découvert la véritable identité de son père va partir à sa recherche et découvrir le jeune Ceredawn, un frère qu’il va de suite aimer et décider de protéger de tous, peut-être même de lui-même.

 

Source des Tempêtes est le premier tome d’une saga qui devrait contenir au moins deux cycles. Ce premier arc décrit donc la jeunesse de Cerdric et de Ceredawn. Deux enfances puis adolescence (pour le premier) qui s’emplissent de difficultés, de déchirements et d’horreurs. Marqués au fer rouge par leur naissance respective, ils vont devoir se confronter au monde pour se tendre vers un but commun (ou presque commun). Un périple semé d’embûches, de cruautés, d’adversaires intimes, mais aussi de convoitises qui est le prologue à un destin qui pourrait changer la face du monde.

 

Derrière l’histoire se cache la recherche du père, mais aussi de la mère et plus largement d’une famille. La vie de Cerdric est bouleversante en cette relation déchirée qu’il a avec Nérasia, lui en quête d’un signe d’amour aussi minime soit-il, elle n’y opposant qu’une haine farouche aux ampleurs insoupçonnées.

L’introspection a postériori de Cerdic (cette histoire fait désormais parti de son passé) nous octroie la richesse des personnages et en particulier de Cerdric lui-même. Personnage fragile, en proie au doute, aux erreurs, aux colères et aux égarements, il est le type même de héros appréciable et que seul un livre peu exploré à sa juste valeur en prenant son temps (celui de l’écriture, mais aussi celui de la lecture).

 

Justement, l’écriture est juste délicieusement féconde. Précis, détaillé sans être pénible, sachant apporter presque à chaque phrase la petite touche de plus pour poser décor et ambiance, le style de l’autrice, Nathalie Dau, est juste parfait, à vous en rendre jaloux. Elle allie grâce, richesse du vocabulaire, maîtrise du passé aux métaphores parlantes. Le récit est dense, emplissant pas moins de 440 pages compactes sans longueurs ni faiblesses, nous emportant dans un récit passionnant. Si l’action n’est pas pléthorique, elle est suffisante pour ponctuer la lecture de suspens, de tensions et d’interrogations.

 

Si j’avais un bémol à mettre sur le livre ce serait l’image très négative, voire contre nature dont use l’histoire pour qualifier l’homosexualité qui ici est reniée par la Loi qui relie ces pratiques aux tenants du Chaos. Même si je suis persuadé qu’il ne s’agit là que d’une construction stéréotypée du monde induit par sa dichotomie des forces au pouvoir, des esprits fâcheux pourraient y voir du premier degré.

Hors ce n'en est pas, Nathalie Dau m'a fait le plaisir de répondre à ce bémol sur ma page Facebook et m'a autorisé à reprendre son avis :

De mon point de vue (qui n'est pas celui de Cerdric, un peu trop coincé sur le sujet à mes yeux), la Loi et le Chaos ont tort tous les deux, la première en condamnant l'homosexualité (et en contournant l'interdit de façon très hypocrite), la seconde en l'imposant. C'est la voie de l'Equilibre que je suis et défends : que chacun soit libre d'être lui-même, sans avoir à craindre d'être puni, maltraité ou tué pour ça, et toujours dans le respect, de soi-même et des autres.

 

Une scène m’a momentanément dérangée lors de sa lecture, celle où Cerdric endormi alors seul avec Ceredawn rêve d’Ölinelle. Heureusement la conclusion s’avère d’une moralité sans faille et l’instrument d’une leçon donnée au jeune garçon et à travers lui aux lecteurs. Du coup cette séquence perturbante en devient importante et utile à mes yeux.

 

Vous l’aurez compris, je ne peux que vous recommander avec insistance ce roman de fantasy médiévale qui ravira les amateurs du genre, las des redites tolkienniennes. Pour ma part, et ce dès que ma P.A.L aura repris des proportions raisonnables, je me jetterai sur le tome 2, Bois d’Ombre, toujours aux Editions « Les Moutons électriques ».

SOURCE DES TEMPÊTES, de Nathalie Dau.
SOURCE DES TEMPÊTES, de Nathalie Dau.
Tag(s) : #Chronique Littérature
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