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Ce roman, tout comme sa jeune maison d’édition Voy’el, sont  une découverte fortuite lors de ma visite au SIEL de Paris (fin 2010). Attiré par les rééditions du « Neuvième Cercle » de JC Chaumette et les magnifiques couvertures de Voy’el je me suis arrêté sur le stand.

Si vous êtes un(e) habitué(e) de mon blog, vous savez que j’ai un petit faible pour la Fantasy Urbaine (puisque j’en écris), mon choix c’est donc arrêté sur Entrechats de Cécile Duquenne.

 

Je n’ai pas été déçu.

 

Entrechats

 

Fin XXième siècle ( ?), nous sommes dans une Egypte où la magie usuelle côtoie la modernité et où les mythes et dieux anciens restent des croyances courantes même. Dans cette uchronie, deux extrêmes politiques s’opposent : les Traditionnalistes qui rejettent la modernité et s’ancre dans les traditions et les Techs qui s’orientent vers une technologie plus fiable et plus universelle. Vient s’intercaler à cela une secte, les Amentis réputés Techs, qui se révèle être la couverture d’un trafiquant d’armes.

 

Un Sphinx est retrouvé mort dans le désert. C’est un choc d’autant que cet « animal » est considéré comme existant mais jamais observé. L’enquête est confiée à l’inspecteur Meskhenet  et à son jeune collègue Rajehb. Malgré un vieux contentieux ayant brisé leur amitié Meskhenet demande de l’aide à Qâa, biologiste universitaire réputé. Qâa décide de confier l’autopsie à son jeune frère Khephren dont le sujet d’étude est justement la biologie des Sphinx.

Hélas cette autopsie va avoir des conséquences désastreuses. Premièrement une découverte des plus étonnantes dans les entrailles de la bête va faire des Sphinx des animaux traqués mettant en péril la magie à laquelle ils semblent liés. Deuxièmement, Khephren va payer chèrement cette autopsie (je vous laisse le choc de le découvrir).

 

Comme quelques autres, Khephren se retrouve alors plongée dans une intrigue complexe qui, à plus d’un titre, pourrait chambouler le monde. Les dieux eux-mêmes doivent sortir de leur réserve tout en respectant quelques règles de non-ingérence.

 

Comme il est souvent plus facile de voir chez les autres (que chez soi) quelques imperfections, je vais commencer par parler de celles-ci.

 

* La gêne principale que j’ai eu à la lecture d’Entrechats est un défaut de clarté lié à des élisons ou un manque d’explications (ou de répétitions de celles-ci) sur certains organismes. C. Duquenne évolue dans un monde très dense qui rend l’univers d’Entrechats riche et intéressant.  Elle maîtrise sans aucun doute à la perfection toutes ces données mais oublie parfois que le lecteur n’aura pas cette érudition. J’aurai aimé un brossage plus précis des Techs et, un peu plus tard dans le roman, des Traditionalistes dont le objectifs ne sont décris que du point de vue extrême (et particulier) de deux personnages Néfertari et Lloonas. Alors que ces deux tendances semblent omniprésents dans cette Egypte relookée, les groupes eux-mêmes restent flous voir inexistants (techs). Il en va de même pour la secte des Amentis ; j’ai mis un certains temps à comprendre qui ils étaient (Techs ? Secte ? Trafiquants ?), alors que la plupart des personnages savent parfaitement à qui ils ont à faire (l’intrigue n’est pas là) laissant, au début, le lecteur un peu en dehors.

Ce manque de précision associé à quelques passages abruptes d’un événement à un autre (et d’un personnage à un autre) avec pour seul marquage un saut de ligne ralentit la fluidité de la lecture, juste le temps de bien comprendre à qui nous avons à faire.

 

* Autre petit défaut que relèverons certains, c’est le glissement d’un personnage principal vers un autre au cours du roman. Dans Entrechats plusieurs personnages se disputent le premier plan du récit et Cécile Duquenne passe de l’un à l’autre sans mise en avant définitive. C’est le récit et l’intrigue qui sont sur le devant, pas un personnage. Khephren qui s’affiche progressivement comme le « héro » du livre volant la place à l’inspecteur Rajehb et à Qâa, va, à son tour, se faire voler le premier rôle par Néfertari et Lloonas (fils du chef des Amentis). On en vient même à sympathiser avec les « méchants » de l’histoire.

Ce procédé pourra en dérouter certains. Personnellement, ça ne m’a pas déplu (j’ai l’habitude d’un aréopage de personnages soutenant ou s’opposant au personnage principal) même si j’aurai tout de même apprécié un personnage plus central qui se serait détaché des autres sur l’ensemble du roman.

 

Ceci étant dit, Entrechats regorge de qualités qui rendent ce roman très attachant.

 

* Le monde est foisonnant d’idées plus intéressantes les unes que les autres : l’apport des croyances anciennes, les dieux et leur destinée, l’arrivée de la technologie fasse à une magie usuelle en perdition, le campement traditionnaliste, les sphinx avec leurs clans et leurs règles, l’autre monde et bien d’autres encore.

 

* Le mélange des genres, plaçant ce roman entre la Fantasy Urbaine et l’Uchronie Fantastique est très bien réalisée. On retrouve le flic traditionnel, des ministères « classiques », des truands ordinaires ou une université « banale » au milieu de Sphinx, de mysticisme, de magies et de dieux égyptiens.

 

* Comme je l’ai dit, il n’y a pas « un » mais « des » personnages car tous sont développés presque au même titre : leur passé, leurs doutes, leurs aspirations, leurs défauts, bref leur personnalité. Là encore nous sommes dans un foisonnement mettant en évidence le niveau d’interpénétration de l’auteure et de son œuvre. Elle y vit dans cette Egypte et elle les côtoie ces personnages.

 

* Difficile de parler de l’intrigue qui dévie elle-aussi d’un point de départ vers une complexion qui nous mène finalement vers des éléments cachés et donc une intrigue « secondaire » qui prend la première place.  Là encore de nombreux élément viennent s’entrechoquer et rendre le récit passionnant.

 

Malgré les quelques défauts suscités, Entrechats est agréable à lire et nous donne envie d’avancer pour en connaître le dénouement.

Certes, ce roman aurait peut-être demandé 100 pages supplémentaires pour explorer plus en avant la richesse de son monde et des différents groupes en présence, mais sachons profiter de ce format et d’un récit riche en événements qui du coup ne vous laissera guère souffler. Et, qui sait, Cécile Duquenne nous fera peut-être le plaisir de réutiliser ce monde dans une autre intrigue riche de nouveaux protagonistes ?

 

En conclusion, Entrechats est un Roman que je vous recommande, à lire à tête reposée, assis confortablement, avec son chat sur les genoux…. Quoique, méfions-nous de nos compagnons félins ; qui sait qui se cache derrière leurs jolies frimousses (spéciale dédicace à Diabolo et Bubble) ?

 

 

Tag(s) : #Chronique Littérature

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