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Si, dans les livres que j’ai lus cette dernière année, je ne devais en conseiller qu’un à ajouter dans votre bibliothèque à côté du Dormeur, ce serait sans aucun doute « La Volonté du Dragon » de Lionel Davoust (auquel j’ajouterai tout de même « le Souffle d’Aloes » d’Alan Spade pour d’autres qualités).

 

Lionel Davoust est sans doute inconnu de la grande majorité. Personnellement, je ne l’ai découvert (pour l’instant) qu’à travers ce premier roman dont le sujet avait interpellé mon intérêt. Cependant, il est l’auteur de quelques nouvelles dont l’une fut finaliste aux dernières Utopiales et une autre (L’Ile Close) lauréate du prix imaginale 2009.

Un recueil de ces nouvelles vient d’ailleurs d’être publié chez Rivière Blanche sous le titre de « L’importance de ton Regard ».

 

Mais revenons à cette Volonté du Dragon.

 

R la Volonté du Dragon

 

Nous plongeons au cœur d’un univers fantastique au sortir d’une époque médiéval. Le puissant Empire Asreth veut étendre sa domination sur le continent voisin dans le but altruiste de lui apporté la paix, la prospérité et l’équité sociale. Le seul point de débarquement possible de ses puissantes troupes est un petit royaume du nom de Qhmarr, réputé imprenable malgré une capacité militaire apparemment nulle.

Bref un Goliath contre un David sans fronde. Les dès sont visiblement jetés, même si le lecteur se dit dès le début que tout ne peut pas être aussi facile.

 

Et effectivement tout ne le sera pas comme va le découvrir le généralissime D’eolus Vasteth. Cet homme, sûr de la puissance de l’Empire qu’il sert et de la légitimité de la conquête envisagée, se retrouve face à un mur de refus en la personne du gouverneur Mherran, le bras droit un rien sarcastique et porte parole de son roi, le Qasul, un enfant au regard absent et ne proférant mots, détenteur du lien avec le lâh.

Pour la victoire, un étrange jeu va opposer Vasteth et la Qasul alors que dans le même temps la bataille fait rage sur les flots. Existe-t-il un lien entre les deux ? A vous de le découvrir.

 

Plusieurs choses m’ont séduit dans ce roman.

 

D’une part l’absence de notre prise de partie en temps que lecteur pour un camp ou pour un autre.

Je m’explique.

D’évidence, au début notre sympathie va à ce petit royaume, visiblement impuissant face à la formidable armée d’invasion demandant reddition. Une poignée d’hommes sur des petits bateaux de bois à peine armés face à des troupes d’élites potentiellement renforcées par des exosquelettes puissants, montées sur des navires de guerre en métal et armés de canons usant d’une énergie dévastatrice d’origine techno-magique.

Et pourtant peu à peu nous venons à douter.

L’Empire défend le libre arbitre, la mobilité sociale au mérite, l’intégration et l’égalité des peuples conquis avec sauvegarde de leurs traditions. En tout cas en théorie, dans les faits nous n’en savons rien, si ce n’est deux indices : Krell Mascious, un simple canonnier intégré à l’Empire semble s’être uniformisé à la masse, perdant toute spécificité culturelle et, second indice : la dernière décision que pourra prendre Vasteth (mais là je n’en dirai rien).

Le royaume Qhmarr vénère le lâh, une idéologie religieuse qui engendre la paix du royaume mais aussi de ses individus puisque, en acceptant le lâh et en le comprenant, chacun est à sa place et ne cherche donc pas à en changer (en théorie aussi ; nous n’avons pas de détails sur les pensées du peuple). Ainsi le riche et le puissant le sont légitimement et le pauvre ou le faible sont aussi à leur place et donc « tout est bien dans le meilleur des mondes possibles » (Candide de Voltaire).

Allez-y maintenant, choisissez un camp !

 

Autre point intéressant, c’est l’absence de héro au sens « héroïque » du terme sans peur et génialement doué. Non, ici il n’y a que des personnes ordinaires avec leurs propres croyances et espoirs qui font au mieux leur devoir, au pire ce qu’ils peuvent pour survivre dans cette guerre « inattendue » qui leur tombe dessus.

Que ce soit Vasteth, l’Amiral Urvayd, le capitaine Anthéar, Krell, Drenn Syaldon ou Jael Vlancas, ils ne sont que des humains avec leurs faiblesses, leurs peurs et leurs forces, car du désespoir et de l’inéluctable naissent quelques actes que l’on pourrait qualifier malgré tout d’héroïque.

L’Artech Jael m’a particulièrement séduit (si vous connaissez Fabian ; vous le comprendrez). Plus encore que les autres, il semble perdu au milieu de ce cauchemar naissant, poussé par les circonstances et non par une volonté immuable.

 

Steampunk-navire.jpg

 

Chose étonnante, on pourrait se dire qu’un roman occupé pour les trois quarts (ou peu sans faut) par une bataille navale ne peut que lasser. Et bien non, car L.Davoust fait très fort. Ce conflit évolue peu à peu et nous offre tout un panel de combats allant de la canonnade magique à l’abordage. Un florilège d’affrontements jamais identiques que l’on est incapable de lâcher.

 

De fait, le personnage central de cette histoire est la guerre dans toute son horreur et sa stupidité (je n’ouvrirai pas ici le débat sur « y-a-t-il des guerres utiles ? »).

Et pour le coup, sans excès gores (heureusement !), une fois de plus l’auteur nous fait ressentir toute l’abomination de la chose, l’effroi de cette mort qui frappe sans distinction, fauchant à tour de bras sans même que l’on est eu le temps d’esquisser un geste ou un début de compréhension.

Nous sentons le désarroi des soldats pris dans la tourmente et nous avons la peur au ventre avec eux. Bien assis confortablement dans mon fauteuil, j’ai couru comme un fou avec Jael pour échapper au premier assaut, haletant autant (…) que lui.

 

Quant à la fin, aussi inattendu qu’improbable, elle couronne le tout.

 

Ajouter à cela une écriture maîtrisée, un déroulé agréable et un style travaillé mais sans effets incongrus et vous avez un petit joyau.

 

Bref, vous l’aurez compris, pour moi, « La volonté du Dragon », est un incontournable dont je me suis régalé. Et j’espère que ce petit partage de mes sensations vous aura donné l’envi de le découvrir.

Notons si cela est encore utile, que ce roman en 2010 a été finaliste des prix Imaginales / Futuriales et Elbakin.

 

La Volonté du Dragon De Lionel Davoust

Edition Critic,

ISBN : 978-2-9534998-0-3

Première Edition – 170 pages – année 2010

  

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Tag(s) : #Chronique Littérature

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