
Une BD d’une beauté envoutante que j’ai lu deux fois de suite pour bien m’en imprégner.

Le problème, sans doute, qu’on une partie des gens de ma génération est la dominance inconsciente du Alice de Walt Disney.
Ce candi sucré (pas le manga des années 80) nous a formaté a une Alice simple avec un environnement foisonnant et tonitruant.
Ici David Chauvel, très bien secondé par un Xavier Colette fabuleux, prend le contre pied de cette Alice.
Leur Alice m’apparait plus mature et moins naïve dans sa réflexion ; pas loin du stoïcisme qu'elle aurait inspiré. Les personnages « secondaires » tout en restant dans une certaine
folie, sont moins déjantés et sans doute plus inquiétants. Malgré une colorisation tablant sur une palette large, l’ambiance est plus austère, moins flaschie avec des dominantes de bruns et des
pastelles délavées.

L’histoire est moins fluide, passant d’un tableau à l’autre de façon plus directe avec une élision d’éventuelles transitions. C’est un parti pris narratif moderne que l’on trouve de plus en plus
en bandes dessinés (et comics), faisant appel à l’imaginaire et à la pertinence attentive du lecteur.
Et il y a sans doute quelques messages sociaux et psychologiques à tirer d’Alice. C’est le ressenti que j’en ai, sans réussir vraiment à mettre la main dessus. Est-ce un bien ou un mal ? A chacun de se faire son opinion.
J’ai juste accroché (un peu) sur les dialogues qui me semblent parfois inutiles (lors de la chute d’Alice par exemple, ci-dessus sans le texte) et
souvent trop froids ou détachés émotionnellement de la situation. Un peu comme si Alice était plus spectatrice qu’actrice de ce qu’elle vivait (ou rêvait) peut-être dans une perspective d’analyse
sans pour autant aller jusqu’à l’introspection.
Cependant ce petit défaut s’est estompé lors de ma deuxième lecture que j’ai pu faire d’un trait.
Globalement, cette version d’Alice aux Pays des Merveilles est graphiquement remarquable et intellectuellement tout à fait intéressante car ouvrant d’autres perspectives à cette histoire.
Sa lecture m’a donné envi de découvrir (dès que j’en aurai le temps) le texte original de Lewis Carroll qui doit plus fleureter avec cette version que la version Walt Disney.

Malgré le Tim Burton qui risque de monopoliser l’attention sur son Alice, ne passez pas à côté de cette BD française et de son écrin graphique.


Alice Aux Pays des Merveilles
BD, édité par Drugstore.
Adaptation par David Chauvel.
Dessins par Xavier Collette.