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CAPHARNAÜM, la misère sans détours.
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Voici un film dont il est difficile de parler, tant le sujet prime sur l’histoire et tant il est dur.

 

Le décor est celui du Liban, mais cela pourrait être tout pays où la misère domine une grande part de la population. Zain (Zain Alrafeaa) est un garçon de 12 ans. Né dans une famille pauvre, il n’est qu’un des nombreux enfants de deux parents peu aimants. Obligé de travailler, non considéré et maltraité, il n’a pas plus d’avenir que ces frères et sœurs. Sa jeune vie est un périple au cours duquel il rencontrera Rahil (Yordanos Shifera), une émigrée clandestine. La vie insupportable de Zain le conduira à porter plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde.

 

Capharnaüm, les parents

 

La réalisatrice et co-scénariste Nadine Labaki met en scène un film terriblement dur et réaliste. La majorité des acteurs sont des personnes du quotidien dont la plupart ont eu ou ont encore des parcours difficiles. La vie de Zain ne diffère que peu de celle du personnage qu’il incarne et plusieurs enfants du tournage sont désormais dans des orphelinats ; certains – et ces terribles à l’écrire - sont même décédés.

Notons la qualité des acteurs, criant d’une vérité faisant écho à leur propre expérience. Zain Alrafeaa est d’autant plus formidable que le film tourne essentiellement autour de son personnage.

 

Capharnaüm Zain

 

Que dire qui ne serait pas désuet sur ce film ?

La misère mise à nu sans voyeurisme, mais aussi sans pudeur remet à sa juste place nos revendications. Nos mouvements de grognes ou nos luttes paraissent bien ridicules, voire même indécents face à la vie dans ces pays, digne (ou plutôt indigne) des périodes les plus obscures du moyen-âge. Sans que cela remette en cause la nécessité de préserver nos acquis sociaux ou de défendre les personnes démunies qui vivent en France, il faut bien avouer que la majorité d’entre nous est bien au-delà de la misère montrée.

 

capharnaüm, la misère de deux enfants

 

Le film ne dénonce pas que cette condition, il parle également des migrants. Comment ne pas comprendre que des gens risquent tout pour fuir ces conditions (ou pire des zones de guerre), tout est mieux que ce rien, ce vide d’espoir. Il dénonce les profiteurs, faiseurs de faux papiers et faux passeurs sans scrupules. Il évoque l’esclavage humain, mais aussi son exploitation (autre forme d’esclavage). Il disserte de l’identité que peut conférer de simples papiers, leur importance, mais aussi, d’une certaine manière de leur absurdité. Il traite de la maltraitance morale (plus que physique) que les adultes peuvent faire subir à leurs enfants et pose la question de ce droit d’être parent. Tout le monde en est-il capable ?

Zain accuse d’avoir été mis au monde par des parents incompétents qui se reproduisent sans penser aux conséquences et aux devenirs de leurs enfants.

 

Capharnaüm

 

Hors toute considération du problème, à mon sens bien réel, de surpopulation mondiale, la question se pose également sur le fait de faire des enfants alors que l’on n’a rien à leur offrir, aucune échappatoire à une condition de misère. N’en faire qu’un pourrait même être condamnable. Bien sûr, il y a le désir de procréer et la volonté de chacun, mais au-delà du cœur, ne doit-il pas y avoir la raison. Nous donnons vie à nos enfants en espérant que celle-ci sera belle et heureuse et non pas de souffrance.

J’imagine que dans de nombreux pays, la possibilité d’une progression sociale existant réellement (via l’enseignement en particulier, même si ce n’est pas si simple), cet espoir de vie correcte existe réellement. Dans ces conditions, faire un voire deux enfants n’est pas un problème réel, car rien n’est perdu d’avance. Enfin, il faut tout de même se voiler un peu la face sur le futur   que notre société nous prépare à court terme, aussi bien politique (entre Trump, Poutine, Bolsonoaro, les extrémistes populistes ou fascistes…) qu’écologique (climats, destructions d’espèces vitales), sans parler des pénuries annoncées (pétroles, métaux rares pour faire fonctionner nos ordinateurs, sable…). Oui, le tableau n’est pas reluisant, y compris dans nos pays industrialisés et l’augmentation de la population n’arrange rien.

Mais comment concevoir que dans des pays où la misère règne en maître, ou la famine ne voit pas de fin, des parents puissent continuer à vouloir des enfants en sachant l’avenir qu’ils n’auront pas et pire celui qu’ils auront. Certes il y a un défaut d’accès à la contraception criant, mais aussi un refus de celle-ci pour des raisons culturelles ou religieuses ancrées dans une tradition qui ne devrait plus être, mais est-ce suffisant ? Comment peut-on accepter de voir ces enfants dépérir ou à peine survivre ?

N’est-ce pas cela aussi que Zain pointe du doigt en accusant ces parents. Pourquoi m’avoir fait naître alors que le monde n’a rien à m’offrir ? Pourquoi m’avoir fait naître alors que ma vie ne sera que souffrance ?

Vous l’aurez compris autant que mes considérations que je mets aujourd’hui sur mon blog, ce film peut-être polémique, opposant les tenants de la vie à tout pris et ceux de la vie raisonnée.

 

Rahil

 

Au delà des réflexions que met en place Capharnaüm, l'histoire est prenante et poignante. Peut-être quelques longueurs et une émotion trop contenu, mais un film fort.

À voir et à discuter.

CAPHARNAÜM, la misère sans détours.
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Tag(s) : #Chronique Cinéma
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