Associé à deux autres scénaristes, Gilles Lelouche réalise une comédie amusante, mais aussi sociale avec des personnages attachants, majoritairement en difficultés, voire brisés, qui trouvent, si ce n’est un sens à leur vie, en tout cas une motivation dans la natation synchronisée.
L’histoire est donc celle de 7 hommes et 1 femme (puis 8 et 2) qui s’échappent de leur quotidien en pratiquement ludiquement et avec un certain dilettantisme ce sport. Bouffée d’air de vies compliquées, les vestiaires font aussi œuvre de séance de psychanalyse de groupe sans le dire, chacun s’épanchant de ses problèmes. La donne change lorsqu’ils décident de participer aux championnats du monde, leur apportant un but, mais aussi un espoir de réaliser quelque chose de positif de leur vie. Le challenge est donné et s’ils y croient, l’objectif nous semble bien inatteignable… Qui sait ? Au moins auront-ils eu l’audace de le tenter…

Jamais 2 sans 3 ne dit l’adage. Avec Le Grand Bain, j’ai donc visionné trois « petits » films français à la suite (Le jeu et Nos Batailles) fort bons. « Petits » car loin des blockbusters outre atlantiques parés d’effets spéciaux, d’actions et de violences, mais ils sont grands par leurs qualités aussi bien scénaristiques que par celles des acteurs et des personnages qu’ils incarnent.

Ici, derrière la comédie qui provoque sourires et rires, les portraits sont forts et déchirants. Qualifier les personnages de « pathétiques », même s’ils le sont parfois, ne serait pas juste et d’un cynisme méchant. Non, ils sont juste frappés par les difficultés de la vie et les échecs comme cela peut arriver à nous tous.
John (Felix Moati) surmonte son stress et la difficulté du métier d’aide-soignant à grand coup d’anxiolytiques. Marcus (Benoît Poelvoorde) dirige un magasin de vente de piscines ; une entreprise guère reluisante et il a beau faire comme si tout allait s’arranger, il ne sauve même pas les apparences. A contrario, Simon (Jean-Hugues Anglade) est un chanteur sans grand auditoire qui, lui, s’illusionne totalement sur son talent. Laurent (Guillaume Canet) dévoué à son travail, incapable de se détendre, se met la pression et n’en attend pas moins du groupe ou de sa famille dont il met l’unité en danger tant sa femme et son fils n’en peuvent plus. Thierry (magistralement interprété par Philippe Katerine) est un gentil simplet, vivant seul qui n’a rien d’autre que la piscine et sa grande gentillesse de candide. Amanda (Leïla Bekhti) et Delphine (Virginie Efira) sont deux blessées de la vie qui cachent leurs déchirures, l’une par un tempérament explosif et agressif, l’autre en se refermant sur elle-même telle une huître. Enfin, il nous reste Bertrand, figure de proue du film, incarné par Mathieu Amaric. En dépression et arrêt maladie, dépréciée par sa belle-famille, il a la chance d’avoir une femme solide, Claire (Marina Foïs, une fois de plus excellente même si son rôle reste restreint).

Comme je le disais, l’humour est là et bien là. Entre l’équipe de bras cassés qu’ils constituent, un Thierry hilarant, un Avanish (Balasingham Thamilchelvan) qui ne parlent qu’indien, et un Basile (Alban Ivanov) en contrepoint, il y a de quoi faire. Mais il y a également de nombreux moments touchants : le tête-à-tête entre Lola (Noée Abita) et son père, entre une mère (Claire Nadeau) et son fils ou les quatre vérités que Bertrand peut lancer à deux reprises.
Un film réussit entre détente et sensibilité, un hymne à l'amitié et à l'amour, que je vous recommande chaudement avec ou sans palmes…
Quant à ceux qui se demandent si la natation synchronisée masculine existe et bien… non. Seul le couple mixte existe depuis une vingtaine d’années ; une catégorie non reconnue comme discipline olympique. À l’heure de l’égalité des sexes… est-ce bien normal ?![]()


