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ABZALON de Pierre BORDAGE
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Abzalon est une épaisse brute difforme, à la force colossale, enfermé dans le pénitencier de Doeq pour meurtres en série sur des femmes. Il n’y a qu’un allier, Loello au sixième sens bien utile. La gigantesque prison renferme une multitude de détenus qui sont peu à peu poussés à s’entretuer par des restrictions de plus en plus drastiques de l’espace et de la nourriture. Ce massacre orchestré a pour but de sélectionner un large groupe de survivants pour les envoyer à bord d’un navire spatial vers une nouvelle planète.

Ce vaisseau, l’Estérion, est le premier de son genre et doit permettre d’aller coloniser d’autres territoires. Il faut dire que la civilisation du Nord a ravagé ses terres et épuisé ses sols et que la planète Ester est menacé de destruction.

Si l’espace est un espoir à long terme, à court terme, la colonisation du continent Sud s’impose pour la survie immédiate. Ces régions sont le domaine exclusif des kroptes, groupe religieux rejetant le progrès. Ils sont polygames et patriarcaux et l'on peut les comparer aux mormons.

C’est dans cette hémisphère, près de la mer bouillonnante que la jeune Ellula se voit marier de force, comme quatrième femme, à un homme d’âge mûr qu’elle ne connait pas, mais qui a un statut enviable. Ellula se résigne alors que son coeur s’est pourtant épris d’Eshan un garçon de son âge rencontré lors de son voyage et qui s’avèra être le fils de son futur mari.

Mais la civilisation kropte est balayée en une nuit par l’armée estérienne. Une partie d’entre eux est épargnée – dont Ellula et sa nouvelle famille – pour être envoyé à bord de l’Estérion.

Chaque groupe de cinq mille âmes est isolé dans une partie du vaisseau. Tous sont sous la surveillance discrète de moncles de l’Eglise de l’Un. Parmi eux Gardy et Artien, deux opposés, un engoncé dans sa foi traditionnaliste, l’autre plus ouvert au doute et à l’humanité.

Envoyé vers les étoiles, le temps à bord se déroule plus lentement que sur la planète. Les deux groupes antinomiques finiront par entrer en interaction et ce bien plus tôt que ce qui avait été prévu par les membres de l’Hepta (groupe de « psycho-sociologues »).

Nous suivons le destin d’Abzalon, d’Ellula, de leurs amis, des daeqs, des kroptes et de leurs descendants jusqu’à la terre promise, ainsi que l’évolution d’Ester avec ses complots et ses manipulations de l’Esterion.

                                 

La narration d’Abzalon est bien menée par un Pierre Bordage qui a largement fait ses preuves dans de multiples récits dont « Les guerriers du silence ». Il mélange harmonieusement parcours personnels, évolutions de groupes et intrigues politiques. Même si le dernier quart d’Abzalon se dilue avec le temps qui file, les nouveaux éléments  maintiennent l’intérêt jusqu’au bout.

Si ce roman conte une épopée, presque une saga générationnelle, sa force réside dans l’évolution de ses personnages et dans ses réflexions.

Bordage aborde sans complexe l’absurdité et la dangerosité d’une foi extrémiste et étriquée dans des dogmes révolus et sectaires ; sujet qu’il a aussi abordé dans les « Fables de l’Humpur ».

Il met en exergue la noirceur de certaines âmes opposé au courage et la lumière d’autres. Le Mal et la violence ne vient pas forcément de là où nous l’attendons.

Il imprime des (ses ?) idées via les mystérieux Qvals et leur vision de la vie et de la plénitude de l’être à travers une philosophie du présent, que j’avoue ne pas partager.

 

Un bon roman (publié en 1998) qui forme à lui seul un tout, même si une suite existe (Orchèron  parue en 2000) et que je découvrirai peut-être (sans doute) un jour.

Chez "l'Atalante", réédité chez "Jai Lu"

   

Tag(s) : #Chronique Littérature
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