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Voici un court extrait mettant en scène le Prince Shaïtan, chef de guerre des Edaïs et sa soeur la Princesse Alysée. Tous deux sont les enfants du défunt Obéron et de la Reine elfique Mylliane. Reste à savoir si leur complicité résistera à cette guerre.

            
La chaude lueur des braseros dardait des reflets chancelants et quelque peu inquiétants sur  la lame d’argent de l’épée. Le fer était fin sans être filiforme. Elégant, il était subtilement gravé d’un entrelacs de feuillages et de tiges partant de l’étroite garde pour remonter jusqu’aux deux tiers de l’arme. La garde métallique plus sombre était, elle aussi, sculptée avec art. Des fleurs irréelles se dessinaient de part et d’autre en une explosion de pétales argentés. La poignée droite était lacée avec soin d’un fin cuir vert foncé assurant le maintien de l’arme. L’extrémité arrondie était taillée en une magnifique fleur d’aubépines.

         Les pâles doigts féminins d’une main droite étaient refermés avec assurance sur la poignée de l’arme. La lame dansait avec précision et élégance pour contrer les assauts plus virils d’une lame plus longue et plus épaisse. Parades, contre-parades, ripostes et assauts s’enchaînaient avec célérité et dextérité. Mais elle avait beau faire, la princesse Alysée perdait peu à peu du terrain. Elle devait reculer sans cesse d’un demi pas ou d’un pas sans pouvoir reprendre le dessus. Bien qu’elle fût excellente escrimeuse, son frère l’avait toujours surpassée. Il était son maître d’armes depuis toujours après son père Obéron.

         Shaïtan frappa d’estoc contré en septime par sa sœur. Les deux lames se touchaient et Shaïtan glissa son fer sur celui de sa sœur pour la décaler sur sa gauche, se créant une ouverture. Il termina le froissement d’un mouvement brusque pour écarter un peu plus la lame d’Alysée et plongea son arme vers la gorge de l’elfe princière, bloquant son attaque suffisamment tôt.

         Les deux adversaires se figèrent. Alysée écarta les bras en signe de défaite.

         - Te voilà à nouveau vainqueur, mon frère.

         - Te voilà à nouveau vaincue, ma sœur.

         Ils éclatèrent de rire tels deux adolescents insouciants. Shaïtan rengaina son arme dans un fourreau d’argent drapé dans un velours noir ajouré. Il était simplement vêtu d’un pantalon de cuir d’un vert presque noir et d’une chemise serrée blanche brodée de quelques lignes d’argent.

         - Mais il te faudra retenir la leçon. Ne t’oppose pas en force à un adversaire visiblement plus fort que toi. Use plutôt de cette différence et de la supériorité musculaire de ton ennemi pour  retourner ses assauts contre lui. Emporte sa force pour le déséquilibrer ou le mal positionner. Joue de l’art de l’épéiste, ma sœur.

         - J’en prends note, mon frère, comme de tous tes précédents conseils.

         - J’ai hâte qu’un jour tu me surpasse, petite Lys.

         - Ca ne saurait tarder, Shaï, rétorqua la princesse avec un sourire aimant.

         Après avoir rengainé son arme dans son fourreau de vert pâle et d’argent, Alysée dégrafa ses cheveux remontés en chignon et s’ébroua pour les laisser reprendre leur liberté. Une servante vint lui prendre son arme ainsi que le ruban de soie qui avait attaché sa chevelure. Machinalement, Alysée les lui remit sans même prêter attention à la jeune elfe. Elle prit le bras de son frère pour se diriger vers la sortie de la salle d’armes.

         - Viendrais-tu te rafraîchir avec moi, Shaïtan ?

         - Non ma sœur, des affaires m’attendent.

         - D’état ou de cœurs ? interrogea malicieusement la princesse qui connaissait la réputation de charmeur de son aîné.

         - Hélas d’état. Je dois donner mes dernières consignes aux deux achañtoul que j’envoie aider le peuple de Mékaline. Ensuite, je dois inspecter de nouvelles recrues potentielles pour notre armée.

         - Des elfes ? S’intéressa la jeune beauté.

         - Non, si ce n’est un couple de Sylvain. Il s’agit d’Edaïs du tout venant.

         - Toutes les épées sont les bien venues.

         - En théorie, ma sœur, mais des groupes trop hétéroclites peuvent engendrer des tensions raciales. Je dois agencer nos forces avec soins pour éviter d’affaiblir nos troupes.

         - Je te laisse donc à ces tâches. J’irai seule au bain, ajouta Alysée tout en déposant un doux baiser sur la joue du prince.

         Ils se séparèrent sur un sourire.

Alysée se dirigea vers les appartements royaux de la tour centrale. Sa fidèle servante la suivait de près sans un mot. Elles montèrent les marches de l’escalier de pierre sans croiser qui que ce soit si ce n’était quelques lucioles s’égayant autour des torches éclairant de ci de là le passage. Passant devant une fenêtre ouverte, un léger souffle d’air vint se poser sur la chevelure aux reflets dorés de la princesse et glisser dans sa nuque. Sous l’agréable fraîcheur, l’elfe pencha doucement la tête guidant inconsciemment le souffle pour que celui-ci enrobe son cou. Le faisant revenir vers l’avant ou en cambrant la tête vers l’arrière elle laissa descendre la brise sur sa gorge dénudée et légèrement humide d’une rosée de sueur laissée par l’affrontement avec son frère. Puis déliant la symphonie d’air de ses propres notes imposées et instinctives, elle redonna sa liberté au souffle de ce début de soirée.

 

Princesse elfique 
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Tag(s) : #Le Cycle de l'Eveil
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