Décédé, à l’instar de quelques autres, le protagoniste de l’histoire se voit octroyé des pouvoirs afin de réaliser une mission vengeresse : punir des coupables de crimes pour lesquels la justice des hommes ne les a pas condamnés. Devenu l’ange de la vengeance d’une partie de la France, le défunt intangible et invisible au commun des mortels s’applique avec cruauté à la tâche, infligeant des souffrances rédemptrices avec un sadisme de plus en plus prononcé jusqu’au moment où une part de désirs humains rejaillit lorsqu’il croise Lisa.
Ce roman fantastique noir tient plus du Thriller que du polar, même s’il nous permet de suivre un duo de policiers bien démunis face à l’être tout puissant qui frappe avec une régularité effrayante.
La descente dans la psyché torturée de l’être est un plus ainsi que son évolution même si j’aurais aimé que celle-ci soit davantage marquée. Par exemple, dès le départ et malgré sa nature « magique », les tortures qu’il inflige à ses victimes sont très concrètes et humaines, aussi n’évoluent-elles que peu, si ce n’est dans la sauvagerie horrifiques qu’il y met.
Le lien de sang que cet "ange" partage avec ses victimes est un des points qui m'a intéressée dans ce roman, même s'il n'est que peu exploité.
Christine Casuso explore son personnage principal et ses sentiments ou opinions en alternant un point de vue propre à cet antihéros en usant du « Je », mais aussi - et parfois dans la continuité - par une vue externe d’auteur (ou de lecteur). Ce choix ne m’a pas convenu ; j’aurais nettement préféré que le « Je » exclusif et garder une vue détachée lorsque le récit se concentre sur les policiers, les victimes ou Lisa.
Les cibles de l’ange sont froidement et succinctement décrites avant que leur bourreau ne fasse son apparition. Elles sont des coupables certes, mais du coup, je ne me suis pas suffisamment attaché, en tout cas aux premières. La donne change ensuite lorsqu’elles commencent à chercher une échappatoire à leur condamnation. L'intérêt se fait plus vif.
J’ai apprécié que le traqueur devienne traqué, même si cette phase est courte. Par contre je n’explique pas pourquoi ceux qui le poursuivent (des anges de la mort eux aussi a priori) n’ont pas les mêmes capacités que lui.
Enfin, si la couleur de la fin est attendue, pour moi le roman se termine au chapitre XVI, les trois autres chapitres très courts étant quelque peu superflus ou pas à leur place. Certains éléments qu’ils contiennent (en particulier sur l’origine de cet ange de l’a mort) auraient pu se structurer ailleurs, permettant de développer plus en amont la réflexion mystique du roman.
Au final, L’Ange des Ombres séduira les adeptes du genre horrifique même s’il se trouve un peu à l’étroit dans ces seulement 118 pages. Le sujet aurait mérité plus d’espace afin de faire évoluer plus méthodiquement, plus lentement et plus radicalement le personnage central.

