Rencontrée au salon Fantastique 2023, Pauline Deyson m’a intrigué par son projet en 5 tomes : « La Bibliothèque ».
Nous sommes dans une utopie apparente. L’égalité règne, la misère n’a plus lieu d’être, tout le monde à un toit, des besoins vitaux satisfaits et même plus la nécessité de travailler, mais juste de jouer via leur Revery personnel. Le Revery est une sorte d’hyper smartphone blindé d’algorithmes qui calculent à l’avance tout ce qui pourrait vous séduire et vous plaire. Jouer et gagner des points vous permet d’acquérir des biens ou des loisirs accessoires et tout le monde s’y adonne. J’ai bien dit utopie apparente puisque via ce contrôle accepté, la population est complètement décérébrée, figée dans la facilité et le plaisir. À noter que l’écriture a disparu.
Bien entendu, il y a quelques résistants qui réussissent à tromper la majorité des moyens de contrôles et surveillances tout en restant cachés. De là à renverser le pouvoir, il y a malgré tout un fossé.
Ce fossé pourrait peut-être se combler par l’intervention d’Émilie et de la magie. Peut-être ? En effet en parallèle à cette histoire, une autre surgit, celle de la Bibliothèque. Atemporel et en dehors même de l’espace, ce lieu contenant une infinité de récits est aussi l’origine des rêves. La Bibliothèque est sous la tutelle d’une bibliothécaire qui doit céder sa place et elle choisit pour successeur Émilie. Tirée de son monde alors même qu’elle est en danger, Émilie découvre ce lieu (et le danger ultime qui le menace) ainsi que l’écriture (dont l’originelle) et les livres. À travers ceux-ci, elle apprend à vivre ces histoires.
Elle plonge alors dans un récit initiatique lié à l’utopie, mais aussi à des créatures magiques qui s’y cachent et qui pourraient aider les révoltés.
C’est d’ailleurs là un point faible de ce premier tome et du concept, car le lecteur se perd un peu. On plonge dans cette lecture, s’éloignant un peu trop de la Bibliothèque. Pire, on ne sait plus trop si ce qui se passe est dans le livre lu par Émilie ou dans le réel. On se noie un peu, sans être sûr de totalement retomber sur ses pieds à la fin du tome. J’espère une mise au point au début du deuxième tome.
Car oui, suffisamment intrigué, lors du salon Fantastique 2024, je viens d’acquérir la suite.
Intrigué, pas seulement. En effet je dois dire que les réflexions sous-jacentes et nombreuses sur notre société et la nature humaine m’ont également passionné. Elles sont pertinentes et intelligentes. De même les peuples fantastiques créés par Pauline ne sont pas inintéressants, poussés dans des concepts et des cultures originaux. Enfin, n’oublions pas le mystère de l’écriture originelle et de la menace qui pèse sur la Bibliothèque et qui n’est qu’évoquée dans ce premier tome.
Même si ce récit très riche, à plusieurs niveaux de lecture m’a parfois un peu perdu (mais je dois dire que j’ai dû le lire par courtes étapes), je pense qu’il vaut le coup d’être découvert d’autant que le style de l’autrice est fort agréable.
Ajoutons-y une très belle série de couvertures et je ne peux que recommander cette lecture.
La bibliothèque T1 : Grandir de Pauline Deysson.
Autoédité (imprimé aux USA)
Couverture de Michel Becker
500 pages – 15 € (est-ce vraiment rentable pour l'autrice à ce prix ?)
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