Neïla Salah (Camélia Jordana), fille de la banlieue, fait sa rentrée à l’école Assas de Paris afin de devenir avocate. Son arrivée quelques minutes en retard la fait remarquer par le professeur Pierre Mazard (Daniel Auteuil) qui use de sa verve teintée de préjugés et de racisme contre elle. Il sera obligé de revoir sa copie afin de redorer son blason en devenant le mentor de Neïla pour préparer un concours d’éloquence entre différentes grandes écoles.

Yvan Attal (un des 3 scénaristes et le réalisateur) nous sert ici un film réflexion loin de tous effets spéciaux, actions ou effets de manches si ce n’est verbaux.
Il aborde plus d’un thème dont le principal concerne nos préjugés (un des sujet du Cycle de l’Eveil) et le racisme que j’ose qualifier « d’ordinaire » dans le sens le plus vil et pernicieux que ce mot peut prendre et certainement pas dans le sens « d’acceptable » puisqu’aucune forme de racisme (racial, religieux, physique ou social) n’est tolérable. Daniel Auteuil, acteur merveilleux, incarne ce raciste cynique et, pire, le scénario cherche même à le rendre sympathique à un moment donné pour, au final, mieux dénoncer.

Un des autres sujets abordés est l’importance de l’apparence et de la présentation car, quoi que l’on veuille en penser, ces éléments comptent lors des premiers contacts. « La première impression » dans une relation pas forcément vouée à se renouveler (par opposition à un contact « forcé » récurent qui laisse entrevoir la véritable personnalité derrière l’aspect) a son importance, en particulier pour un employeur. L’éloquence fait intégralement parti de ce sentiment d’où l’intérêt de préparer réellement nos jeunes aux entretiens d’embauche. Se présenter en jogging, T-shirt et s’affaler sur la chaise sans articuler ou avec un langage inadapté (c’est du vécu) n’engage pas à un second entretien.

L’éloquence est donc également au centre du débat avec l’art de la dialectique, chère à Platon. Il s’agit ici de convaincre et non de parler vrai, usant des 38 stratagèmes pour avoir raison de Schopenhauer. Le propos est donc discutable pour qui tient à la vérité, visiblement une valeur relative en justice et en particulier pour les avocats, ce qui est plutôt dérangeant.
Je regrette que dans le film les joutes verbales du concours soient écourtées et souvent réduites à quelques phrases énoncées par Neïla car bon nombre des débats évoqués sont intéressants.

Si le film n’évite pas totalement quelques stéréotypes sociaux, il a tout de même l’intelligence de les lisser et de les teinter de gris.
Si j’ai déjà évoqué les qualités d’acteur de Daniel Auteuil, je n’ai pas parlé de Camélia Jordana que j’ai eu du mal à reconnaître au premier abord sans ses lunettes iconiques. J’ai été soufflée par la qualité de son jeu, incarnant tour à tour les différentes facettes de son personnage et son évolution tout comme sa prise de conscience.

Le Brio est un très beau film, intelligent, pertinent avec un duo d’acteurs (ajouté de Yasin Houicha / Mounir) qui tiennent réellement le film.

