Paideia, voici un titre aux consonances grecques tout aussi intrigant que la couverture de ce bébé spationaute avec son câble de vie tel un cordon ombilical.
Du premier, l’autrice, Claire Garand nous donne une première explication au verso de la couverture. Paideia est bien du grec, du grec ancien : une éducation parfaite qui doit engendrer le gouvernant idéal pour une cité parfaite.
Avec le second, elle impose le genre : la fiction, l’espace, mais aussi la vie.
Aucune surprise sur le dogme de départ, l’humanité s’est détruite, presque totalement détruite. Il ne reste qu’une poignée de survivants qui se sont donné pour but de faire renaître l’humanité puis de coloniser les étoiles. Le fer de lance de ce projet est un groupe de 10 fillettes de 7 ans éparpillées dans autant de stations orbitant autour de la Lune. Elles y descendront dès que leurs couples de parents respectifs auront fini de reconstruire la base lunaire.
Mais ces dix petites filles ont une particularité : créer à partir d’un pool génétique performant, elles ont un QI supérieur à tout ce que vous pouvez imaginer. Elles participent d’ailleurs à créer les nouvelles technologies de la base et réfléchissent à l’avenir de l’humanité, dont le gouvernement.
Le personnage central du récit est une de ces fillettes. Elle rêve de partir à la conquête de l’espace et d’emmener l’humanité sous sa férule coloniser mars pour commencer et au-delà ensuite. Toutefois son intellect est inférieur à celui des autres. D’une toute petite fraction certes, mais suffisamment pour qu’elle soit le bouc-émissaire de ses « sœurs » qu’elle cherche par tous les moyens à impressionner.
Nous ne sommes qu’à quelques jours de la descente sur la Lune et notre héroïne va découvrir que leur mission s’éloigne fortement de ce qu’elle croyait. De quoi se révolter…
C’est cette révolte contre un destin pré-écrit qui fait le corps de Paideia et qui se mêle à la propre frustration du personnage devant la supériorité affichée de celles dont elle aurait dû être l’égale. Cette montée en force donne le rythme à l’histoire. Impossible de savoir jusqu’au l’autrice est prête à amener ses personnages, la surprise est totale. De l’individualité ou de la raison du groupe, le débat est ouvert et nul ne sait qui va vaincre ou qui doit vaincre. Le dilemme est aussi pour les lecteurs.
Ce qui est aussi passionnant dans ce récit, c’est l’intelligence du texte. Claire Garant l’a construit autour de la station et de l’esprit scientifique des fillettes. Termes techniques et expressions adaptées font l’architecture du texte tout autant qu’ils construisent l’espace étroit des satellites. On y est, là avec elles, dans ce futur, à un geste ou une décision de l’échec, de la survie ou de l’expansion.
Un récit d’une juste précision que j’ai vraiment apprécié.
Paideia
de Claire Garand
Éditions La Volte
Imprimé en France
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