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Le titre intégrale de cet essai sociétal est « Madame, Monsieur, vous êtes toujours victime d’un code de lois millénaire : le code de Hammurabi » ; la longueur du titre reflète, hélas, un défaut synthétique de l’auteure.

 

Le-Code-Hammurabi.jpg

 

A en croire la quatrième de couverture (et ma discussion avec l’auteure lors d’une dédicace commune), cet essai nous promet de parler essentiellement de la cohésion sociale de notre société interdépendante de la stabilité familiale en s’appuyant sur l’évolution du statut de la femme depuis l’antiquité. De fait, cette cohésion sociale n’est ébauchée  que dans la troisième et dernière partie (50 pages sur 150).

 

Alors de quoi parle cet essai ?

 

Les cent premières pages dissertent sur la condition de la femme depuis Hammurabi (1750 avant JC) en passant par l’empire Gréco-romain, l’Egypte puis le moyen-âge. Les civilisations asiatiques, africaines ou amérindiennes sont volontairement oubliées puisqu’elles n’influenceront pas (ou très peu) la société européenne. Si la position de la femme dans la société est effleurée, l’auteure s’attarde beaucoup plus sur son statut au sein du couple, contrats maritales, statut de la veuve ou de la femme divorcé.

La forme littéraire est plus proche de la thèse que de l’essai de vulgarisation. Très (trop) dense, l’auteure va multiplier les cas, sans doute dans un but d’exhaustivité ; hélas, le lecteur finit par s’y perdre. Pourquoi détailler toutes les formes possibles de contrats de mariage dans la Rome antique et ne pas simplement en tirer la substantielle moelle, l’idée directrice ? Pourquoi s’attarder sur le cas si particulier des reines de France devant accoucher devant la noblesse ?

Souvent le texte dérive vers des informations annexes, certes pouvant être instructives, voire intéressantes, mais qui noient le sujet principal au milieu de sujets secondaires (un peu à l’image des textes digitaux où l’on peut cliquer sur presque tous les mots pour en savoir plus mais au final émoussant l’idée directrice du texte principal). Ce défaut se retrouve dans les notes de bas de pages, bien trop nombreuses et mélangeant les simples références bibliographiques (qui devraient simplement se retrouver en fin d’essai avec un renvoi numéroté comme dans une thèse) et des informations aussi secondaires que souvent inutiles (si on veut les dates de règne de tel ou tel personne, on peut consulter une encyclopédie).

Bref la forme n’aide pas le fond.

 

Nous arrivons à la dernière partie qui doit enfin aborder le sujet attendu et qui, certes le fait, mais assez succinctement ou en tout cas confusément.

Après un passage sur le féminisme née de mai 1968 et une critique de la revendication de l’égalité des sexes au sens strict du terme, l’auteur discute de l’éducation de nos enfants et de la difficulté de celle-ci dans les familles aux rigueurs économiques, aux problèmes sociaux, au chômage ou monoparentales soulignant ici, la difficulté des femmes devant élevés leurs enfants seuls (oubliant que c’est aussi le cas de certains pères).

Elle nous parlera de la violence faite aux enfants mais aussi aux femmes, de l’attitude machiste de certains hommes (avec une tendance à la généralisation), des inégalités au travail entre les deux sexes et de l’intérêt de rouvrir les maisons closes pouvant accueillir des femmes qui ont fait le choix de se prostituer, profession hautement importante pour la stabilité sociale d’un pays (je vous laisserai à votre opinion sur les propos de l’auteure à ce sujet).

Présentée comme je viens de le faire cette dernière partie peut sembler assez fourre-tout et passant du coq à l’âne, et je vous ai passé la place des religions dans notre état laïque (avec un long passage sur l’origine de cette laïcité). Le souci et que sous l’apparence d’un ordre (titre et sous-titre), cette confusion est réelle. Le texte n’est plus aéré de chapitres qui auraient mis en exergue le passage d’un thème à l’autre et, a contrarion des deux premières parties, les sujets sont trop rapidement survolés. L’auteure donne son opinion globale sur chaque point sans développé les défauts incriminés ou solutions proposées.

Le lien avec la première partie ou avec la position centrale de la femme au sein de la famille nucléaire (terme qui se comprend mais qui, lui, aurait mérité un renvoi bas de page) n’est pas toujours évident même si un rappel au code  Hammurabi (restant flou dans l’esprit du lecteur) est parfois souligné.

 

Dommage !

Dommage d’autant que Myriam André est clairement d’une grande érudition historique et d’une connaissance poussée sur l’évolution de la femme dans la société.

Dommage car ma discussion avec l’auteure m’avait fait attendre des propos plus impertinents et éventuellement des opinions dérangeantes même si elles n’auraient fait que remettre à plat certaines évidences.

Dommage que le sujet principal attendu soit finalement sous traité alors qu’à mon sens il aurait du se développer sur plus des deux tiers de l’ouvrage ; les deux premières parties devant se réduire à un petit tiers introductifs limité aux idées essentielles. En quoi l’équilibre familial participe à la cohésion sociale ? Quels sont les conséquences de la déstructuration familiale sur la société ?  Liens avec les problèmes éducatives et solutions suggérées ? Des sujets trop fugacement abordés et dissous dans l’ensemble sans mis en avant des interactions, causes et conséquences.

Dommage car je partage certains des points de vue de l’auteure. Oui, si la femme devrait être socialement et professionnellement l’égale de l’homme pour un parcours identique, les deux sexes ne sont pas égaux mais bel et bien complémentaire au sein du couple : l’un soutient l’autre et réciproquement ; complémentaire aussi face aux enfants et à leur éducation : autorité paternel et compréhension maternelle (même si les deux doivent se retrouver chez les deux parents en des proportions inverses), difficulté éducative lorsque les deux parents travaillent à plein temps ou pour les familles monoparentales amputées partiellement d’une des figures parentales (même en éducation alternée).

Dommage que Myriam André n’affirme pas toujours clairement ses options. Un moment, elle semble insister sur la nécessité d’une cellule familiale stable (opposition au divorce destructeur pour tous ?) mais ensuite elle affirme l’absurdité de rester ensemble lors d’une mésentente tout aussi destructive. Donc ? De même elle prône la nécessité d’une vie professionnelle pour la femme tout en rappelant (à juste titre) son rôle essentiel dans l’éducation des enfants, la stabilité et le bien-être de la famille nucléaire. Alors ?

 

Bref un travail riche qui mériterait un rééquilibrage de l’ensemble ajouté d’un effort didactique de clarté sur la dernière partie (et une rectification de la mise en pages p°39 & 40 mais je chipote) sur lequel j’aurai aimé pouvoir être plus positif tant l’auteure m’apparait intéressante.

Maintenant, je ne suis qu’un lecteur lambda, et une autre personne avec un savoir moins basique que le mien sur l’évolution de la femme dans la société pourra sans aucun doute mieux apprécier les deux premières parties et de là, l’ensemble de cet ouvrage.

Comme toujours un livre dépend de l’auteur mais aussi du lecteur et de ses attentes… à vous de voir.

 

« Madame, Monsieur, vous êtes toujours victime d’un code de lois millénaire : le code de Hammurabi » de Myriam André, publié par Edilivre (collection Tremplin).

 

 

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Tag(s) : #Chronique Littérature
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