Thierry (Vincent Lindon) est un chômeur qui va bientôt arriver en fin de droit, qui vit avec sa femme (Karine De Mirbeck) et son fils (Matthieu Schaller). Désabusé, fatigué, il continue à chercher du travail et finit par accepter un emploi d’agent de sécurité dans un supermarché. Après s’être confronté à la difficulté du chômage, il s’immerge dans la réalité d’un travail à deux facettes, dont l’une est bien loin de ce que l’on imagine.
Olivier Gorce et Stéphane Brizé signent un scénario à la portée sociale, un portrait sans concession d’un aspect de notre société, de pôle emploi et d’un travail moralement difficile - entre autre.
Au-delà de la nécessité de Pôle Emploi, qui plus est à notre époque difficile, l’histoire met l’accent sur son dysfonctionnement, en s’appuyant sur deux points précis : l’absurdité (et l’inutilité) de certaines formations inappropriées, l'aide à la présentation. Sidérant !
Le recrutement via internet est aussi effrayant tant il est impersonnel.

Le scénario s’attache également à la rudesse psychologique du métier d’agent de sécurité d’un grand magasin. Certes ils sont là pour repérer et appréhender les voleurs potentiels ou avérés, mais également pour surveiller le personnel et en particulier les hôtesses de caisses. Fait avéré, confirmé par un ami qui a ajouté qu’ils avaient en plus une prime s’ils coinçaient un employé délictueux qui presque dans tous les cas est immédiatement licencié (autant dire pour faute grave, donc sans dédommagement). L’agent de sécurité se retrouve donc dans une position instable puisqu’à la fois « collègue » de travail et surveillant délateur (d’autant que fermer les yeux peut lui valoir aussi la porte si sa mansuétude est découverte). Un cas de conscience qui peu à peu deviendra pénible pour Thierry.
Le film ne se limite pas au personnage de Thierry puisqu’il dépeint également par petites touches une certaine misère sociale aussi bien des voleurs, comme ce « petit vieux » incapable de payer le peu qu’il a volé (même si avec un peu d’humour noir, on pourrait arguer qu’il aurait pu choisir un morceau moins cher…) ou celle des caissières. Les techniques de vol (puisqu’il faut reconnaître qu’il s’agit de vol) qu’elles utilisent sont tout aussi inattendues pour une personne extérieure aux grandes surfaces que réalistes (dixit toujours mon ami).
Un film qui dénonce un système à travers le parti pris d'une réalisatio par Stéphane Brizé très proche d’un reportage. Il n’y a pas de véritables coupables montrés du doigt, juste des gens qui survivent et font avec leur conscience. Le système est défaillant à la source ; c’est la misère et bien sûr ce qui engendre celle-ci qui est condamnable en soit, mais aussi la deshumanisation engendré par la loi du marché à tout niveau.
Le jeu de Vincent Lindon est effectivement magnifique et lui a d’ailleurs valu le prix d’interprétation masculine 2015 à Cannes. Ce grand acteur exprime les sentiments de son personnage bien plus par les gestes, le visage et les regards que par la parole. Belle prestation.
Cependant je dois reconnaître que, mis à part au début du film à pôle emploi et lors de quelques pas de danse chez lui avec sa femme, le personnage de Thierry reste assez figé dans une lassitude et une déprime chronique, presque pathologique, alliées sur la fin d’un dégoût évidant de sa profession. Un registre dans lequel Vincent Lindon excelle.
Ce sera donc le reproche essentiel que je ferai à ce film, un manque de contraste dans le ton qui aurait pu accentuer le propos. Il n’y a pas vraiment de contrepoint ; si ce n’est peut-être le dirigeant du magasin et tout de même le décalage effrayant de la banquière… Pour le coup, le film oppose clairement la réalité du quotidien à la finance.

Autre reproche et ce sans remettre en question le jeu de Matthieu Schaller, il me paraît inutile et même hors propos d’ajouter aux difficultés dénoncées de Thierry, un fils handicapé. Si, d’une unique touche, le scénario évoque les problèmes financiers d’une telle situation, il ne discute pas des difficultés plus larges des handicapés. L’intérêt pour l’histoire central en est donc très limité.
« La Loi du Marché » est un film-document qui est sans nul doute à voir pour élargir notre conscience sociale.
