Ce roman d’Arnaud Gabriel nous conte l’histoire d’une invasion, celle de la non violente contrée de Zhang Zhung par ses voisins l’État de Shu, eux-mêmes en guerre contre l’État de Qin qui cherche à les annexer depuis 3 monarques. Jusqu’à présent, même si l’armée de Shu était en infériorité numérique, ils étaient protégés par la montagne. Le danger se fait menace quand, grâce à une tromperie, les militaires de Qin découvrent un passage. Le seul moyen de les est de s’approprier la technologie inventive de Zhang Zhung dont les savants ne sont pas restés figés dans des dogmes religieux interdisant toute innovation.

L’auteur, Arnaud Gabriel, fut le vainqueur de l’édition 2017 du prix Mille Saisons pour sa nouvelle Zhang Zhung dans Du plomb à la Lumière (Éditions du Grimoire), lui donnant la possibilité de développer son monde en compagnie de l’illustrateur et du compositeur gagnants.
C’est donc avec intérêt, mais également une pointe d’inquiétude, que j’ai acquis le roman Zhang Zhung. Une pointe d’inquiétude, car j’avais trouvé la nouvelle très (trop) complexe. Bonne surprise, même s’il n’est pas sans contenir en soi une réflexion philosophique, le roman se lit sans mal ni prise de tête. Il s’agit bel et bien d’un récit.
Plus qu’un récit, c’est un conte initiatique tant l’écriture habile d’Arnaud Gabriel nous donne l’impression d’écouter une histoire riche d’enseignements que raconterait un vieux sage (ou un vieux chaman). En tout cas, c’est ce que j’ai éprouvé en lisant son texte, d’être là-bas, dans une montagne perdue au fin fond de l’Asie à apprendre un passé oublié.
Bien entendu, le contexte asiatique et la conquête en force d’un peuple pacifique ne sont pas sans évoquer le Tibet écrasé et à la culture pulvérisée par la Chine sans qu’aucun état ne s’en offusque officiellement. Zhang Zhung serait d'ailleurs le nom d'un ancien royaume qui aurait été conquis par le Tibet.
L’auteur ne fait pas pour autant l’apologie du pacifisme, en montrant les limites face à une armée belliqueuse et prête à toutes les exactions.
Chamanisme, lien avec le passé ou l’importance de ses racines ne sont que quelques autres thèmes développés dans ce récit qui nous conte également l’évolution de plusieurs personnages plongés dans ce conflit : Jinkuaï un déserteur qui tente de se racheter de sa monumentale erreur, Phak-Pah le chaman peu habile, Kukura celle qui le seconde fidèlement, Bondara la gardienne de la mémoire, Bhainsi le chasseur et bien d’autres. Tous ont dû faire des choix, renier ou non leurs principes, affronter ou non l’obscurité.
L’ensemble du texte est accompagné à chaque chapitre par une illustration de Romain Marty qui a aussi réalisé la belle et pertinente couverture. Chaque œuvre reprend le signe zodiacal chinois qui donne son titre au chapitre. Un style qui s’accorde parfaitement au contexte de l’histoire. Ces simples natures mortes reprennent des objets souvent symboliques du chapitre qu’elles introduisent.

Autre bonus, les compositions musicales de Nicolas Felix qui rythment chaque sous-chapitre (ou presque) et dont la longueur se cale au mieux à celle du passage. À écouter en parallèle de sa lecture puisque le ton s’accorde aux événements avec un tempo qui s’accélère sur la fin, nous entraînant avec lui vers la conclusion.
Un beau triptyque d’artistes pour un roman original qui sort des sentiers battus sans nous perdre, bien au contraire, l’intérêt se renforce de chapitre en chapitre jusqu’à une révélation inattendue…
À découvrir aux Éditions du Grimoire.

