« Le Joueur de cartes » est un roman iconoclaste et délirant. Un imaginaire, un brin loufoque y souffle pour nous mener au-delà de nos frontières habituelles.
Nous sommes à la veille de l’année 1900, Sophie, orpheline de mère a pour père un homme accaparé par son travail
au muséum d’histoire naturel. Elle dévore les aventures de Sherlock Holmes, dont l’écrivain, Sir Arthur Conan Doyle (1869-1930) est un grand ami de la famille.
Le mystère se présente sous l’arrivée d’un bateau « fantôme » contenant un mystérieux et gigantesque automate apparemment hors service, un scribe égyptien.
Intrigué, Sophie parviendra à s’en approcher et à engager avec lui une dangereuse partie de cartes qui, telle une nouvelle Alice, la conduira dans l'étrange contrée de NOWHERELAND (noM sans rappeler le "Netherland" de Peter Pan) . L’enjeu n’en est pas moins que sa vie.
L’auteur, Daniel Henocq ne renie visiblement pas sa source d’inspiration principale qu’est « Alice au pays des Merveilles » – de nombreux clins d’œil y font directement références dans les créatures ou les situations.
Si l’œuvre de Lewis Carroll (1832-1898) est en filigrane, il faut ajouter à ce patchwork une bonne cuillérée du « Magicien d’Oz » (L. Frank Baum 1856-1919) avec ses chats volants (pendant des singes volants), une pincée de la loufoquerie de « Charlie et la Chocolaterie » (Roald Dahl 1916-1990, roman mis en image par Tim Burton en 2005 et précédemment en 1971 par Mel Stuart) et un petit quelque chose de « L’invention d’Hugo Cabret » (Brian Selznick né en 1966, connu par le film de Martin Scorsese en 2011).
Sophie est brinqueballée de tableaux improbables en situations délirantes, croisant des individus tout aussi déjantés, à croire que comme Alice nous pourrions être simplement dans un rêve qui aurait débordé sur le réel….
Le texte se veut sans doute moins empreint de psychanalyse que celui de Lewis Carroll mais aussi moins embrouillé de par un langage actuel. L’écriture est belle avec un phrasé et un ton très victorien assaillant le récit dans dette ultime fin du dix-neuvième siècle.
J’aime la folie ambiante qui gouverne la majeure partie du récit et cette illogisme qui domine le monde de l’autre côté du miroir…. J’apprécie le style de l’auteur qui colle parfaitement à l’ambiance.
J’aime un peu moins la trop grande « humanité » du Joueur de Cartes. D’autre part, la course effrénée de Sophie aurait sans doute gagnée à être raccourcie d’une ou deux étapes.
Le joueur de Cartesest un livre tout public, plutôt dirigé vers la jeunesse, agréable à lire. Juste une histoire en dehors du réel.
Par Daniel Henocq
aux Editions Volpilère